Tunisia: Le CAWTAR cherche à éduquer la société sur la violence envers les femmes

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Magharebia
Le Centre de recherche et de formation des femmes arabes (CAWTAR) a organisé un cours de formation régional à Tunis, les 19 et 20 septembre, en partenariat avec le des Nations Unies pour les femmes (UNIFEM).
Selon le CAWTAR, ce cours visait à "mettre en lumière et renforcer les capacités des prestataires dans le domaine de la lutte contre la violence envers les femmes dans la région arabe."
Un autre objectif était d'encourager les experts, chercheurs et journalistes présents à informer les femmes de leurs droits. Les pays représentés à ce séminaire étaient la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, le Liban, la Palestine, l'Egypte et la Jordanie.

Cette initiative était destinée à aider les participants à comprendre les lois internationales et nationales concernant le problème de la violence, à sensibiliser les ONG, les centres d'écoute, les magistrats, les chercheurs et les journalistes à l'importance de la divulgation des cas de violence, à donner aux participants la possibilité de bénéficier de nombreuses réussites en la matière dans les pays arabes, et la possibilité de partager et de faire connaître les études menées dans différents pays arabes. …

Au premier jour de la conférence, la présidente de l'Union nationale des femmes tunisiennes et membre du Conseil des représentants, Aziz H'tira, a déclaré: "Malgré des progrès tangibles rendus possibles par la reconnaissance des droits des femmes et la prise de conscience de la nécessité de changer une situation qui se dégrade, la discrimination à l'encontre des femmes subsiste dans le monde entier. Ses fondements, en particulier dans les pays arabes, sont issus de loi sur le statut des personnes favorables aux hommes et établissant l'infériorité des femmes."

Présentant un exposé sur les conventions et lois nationales et internationales en matière de lutte contre la violence envers les femmes, Farida Bennani, expert juridique marocaine, a adressé plusieurs reproches aux sociétés arabes.

"La réprimande des femmes est encore très pratiquée dans le monde arabe au sein des familles, des ménages, dans la rue, et au travail. La violence est encore considérée comme une affaire ordinaire et commune", déclare-t-elle, ajoutant: "La violence à l'encontre des filles et des femmes est à tel point intégrée sur la scène culturelle que la condamner paraît … surréaliste."

Le CAWTAR et l'UNIFEM ont utilisé cette conférence pour prendre une mesure sans précédent, consistant à éditer un manuel de formation pour une stratégie arabe de lutte contre la violence envers les femmes et à renforcer les capacités de ceux qui fournissent des services aux femmes victimes.

Les Tunisiens ont été étonnés à la lecture des chiffres récents publiés par le ministère de la Condition féminine et de la Famille, montrant que 20 pour cent des femmes tunisiennes sont soumises à des violences physiques, tandis que 50 pour cent d'entre elles font l'expérience de violences verbales. Cette surprise est d'autant plus grande que la Tunisie est généralement considérée comme un pays pionnier en matière de droits des femmes parmi les pays arabes et que le taux d'éducation de sa population est très élevé.

Cette étude révèle que la violence envers les femmes au sein de la famille n'épargne aucune couche sociale, mais est particulièrement sensible dans les milieux défavorisés.

Elle note aussi que les violences sur le lieu de travail concernent essentiellement des violences verbales, l'exploitation des enfants et le harcèlement sexuel.

Enfin, elle indique que 10 pour cent des hommes en Tunisie sont sujets à des violences physiques de la part de leur femme, tandis que 30 pour cent sont exposés à des violences verbales, à un manque d'attention et à des carences affectives. Le ministre algérien des Affaires familiales, Nouara Djaffer, qui participait à la conférence, a indiqué aux journalistes que 52 pour cent des femmes algériennes étaient soumises à des violences.

Les organismes de recherche manquent de chiffres fiables sur la condition des femmes arabes, du fait de l'absence de statistiques officielles objectives. Dans de nombreux cas, les femmes hésitent à parler des violences dont elles font l'objet du fait de restrictions conservatrices imposées au sein des familles ou par la société.

Une étude réalisée en 2005 par Amnesty International montrait qu'au moins une femme sur trois était soumise à des coups, à des viols ou à d'autres violations de leurs droits, et que les auteurs de ces actes étaient généralement un membre de la famille ou une personne de connaissance.

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 22/09/06