Grande-Bretagne: Le vote musulman s'est détourné des travaillistes lors des dernières élections

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La Croix
En Grande-Bretagne, le vote immigré compte
Le concept de banlieue tel qu’il est compris en France n’existe pas en Grande-Bretagne. «Nous n’avons pas vraiment construit de grands ensembles de HLM en bordure des villes et il n’existe donc pas de vote de banlieue», explique Patrick Dunleavy, politologue à la London School of Economics. Mais cela ne signifie pas que les quartiers les plus pauvres, souvent à forte densité de minorités ethniques, ne représentent pas un vote à part.
«Il existe un vote immigré», note le politologue. Longtemps, les minorités ethniques ont voté pour les travaillistes. «Elles votaient contre les conservateurs, qui étaient jugés opposés à leurs intérêts», explique Patrick Dunleavy. «On votait pour le parti qui permettrait de faire venir le plus facilement des membres de sa famille en Grande-Bretagne.»

Tout a changé en 2003, avec la guerre en Irak qui a fissuré ce vote entre les musulmans et les autres. Les Britanniques originaires d’Inde ou des Caraïbes sont restés fidèles à Tony Blair, les musulmans (essentiellement du Pakistan et du Bengladesh) s’en sont détournés.

La circonscription la plus symbolique est celle de Bethnal Green, dans l’est de Londres. Lors des élections générales de 2005, George Galloway, ancien député travailliste passé dans le petit parti Respect, a mené une campagne tournée contre la guerre en Irak. La population bengalie, qui y représente le tiers des habitants, l’a élu d’une très courte majorité, provoquant l’un des plus importants camouflets électoraux contre Tony Blair.

Les chiffres dans les dix circonscriptions avec la plus forte population musulmane sont sans appel : en 2005, les travaillistes perdaient en moyenne 15 % des voix par rapport à 2001. À Birmingham, le parti Respect est passé près d’empocher une deuxième victoire.

En revanche, les autres minorités restent pour l’instant proches des travaillistes. «La communauté noire estime notamment qu’ils sont plus ouverts aux candidats noirs», explique Patrick Dunleavy. Mais là aussi, il est possible que le vent soit en train de tourner. Le nouveau leader des conservateurs, David Cameron, a lancé une campagne pour recruter plus de candidats issus des minorités.

De plus, la communauté indienne connaît une excellente intégration sociale, avec de très bons taux de réussite scolaire, et elle est de moins en moins naturellement proche des travaillistes. En revanche, l’électorat de base des travaillistes lui reste pour l’instant fidèle. Parmi les bénéficiaires de logements sociaux, 55% ont voté pour le parti de Tony Blair en 2005.

Par: Eric Albert

16 avril 2007