Caméroun:"Le féminisme, un autre mensonge d'Etat"

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AgoraVox
Un article d'opinion rédigé par 'Aimé'
"Pour les femmes, il est encore très audacieux, en 2007, de prétendre sortir de la condition que leur fait à la fois la Constitution et les déclarations d’intentions de Paul et Chantal Biya. C’est une tradition millénaire d’exclusion des femmes de la sphère publique.
Pourtant, à plusieurs reprises, des femmes et des hommes ont posé la question de la place des femmes dans la République et, plus précisément dans une prétendue Cité démocratique qui affiche un objectif égalitaire.

Le Régime des machos

L’égalité des sexes n’est-elle qu’une question théorique? Pas seulement: dès les premières années de notre indépendance, les revendications sont clairement formulées et, grâce à une obstination acharnée, deviennent des faveurs et non des droits qui, petit à petit, construisent un nouvel arsenal économique, social et politique des femmes. Il ne s’agit pas de reprendre ici la longue liste des droits que les femmes auraient pu arracher à notre République qui s’est vaillamment battue pour les leur refuser. Il serait illusoire de croire qu’elles sont arrivées au bout de leurs peines, tant le chemin est long, tant aussi sont nombreux les obstacles qui font de l’égalité des sexes une vue de l’esprit. Les valeurs ancestrales et coutumières ont encore une grande influence dans notre société; sans oublier la tradition islamo-judéo-chrétienne qui embrigade encore les femmes. Il faut cependant rappeler que la présence ce 8 mars des femmes dans les rues, en ces lieux de démonstrations festives, n’incarnent pas la reconnaissance des droits des femmes: l’avortement, les mariages forcés, l’abolition de la polygamie, les violences.... C’est d’un divertissement institutionnel qui vise à éloigner les femmes des humiliations et réalités quotidiennes. Paul Biya n’a fait qu’imiter dans cette parade nationale Staline, Castro et tous les autres machistes à la peau dure. Jusqu’à présent dans la forme comme dans le fond il n’est pas question d’accorder les femmes à la modernité. Il faut être conscient qu’aucun droit ou qu’aucune évolution du statut des femmes ne sera obtenu sans mobilisation collective.

Les revendications féministes

L’ennemi principal, c’est déjà celui qui enferme définitivement les femmes dans une spécificité biologique et les tient à l’écart de la sphère publique: Paul Biya par sa Constitution et son Code pénal. Les féministes refusent que les femmes soient assimilées aux esclaves, aux prostituées et aux délinquantes; pour les mariées, que le mari ait tout pouvoir sur l’argent de son épouse - dot et salaire dans le cadre de la communauté des biens -; qu’il faille l’autorisation du mari pour tout acte concernant l’état civil. Curieusement c’est ça la réalité quotidienne des femmes au Cameroun. Cette mégarde est entretenue aux sommets de l’Etat: combien sont-ils ces hauts dignitaires de l’Etat qui violent les lois tous les jours sans que les femmes aient eu l’occasion de lever le petit doigt; le cas de la polygamie dans les couples à régimes monogamiques n’en dit-il pas long sur ces silences complices? Il faut dénoncer un droit qui ne laisse pas la responsabilité des enfants aux mères en cas de divorce ou séparation et qui autorise les violences maritales. Il faut donc réclamer une refonte complète du Code pénal. Le réalisme collectif est le seul moyen qui sortirait les femmes d’une léthargie familière, avec des propositions de loi spécifiques. Soutenues par des députés et des élus locaux, elles opèreront un véritable travail de lobbying pour obtenir gain de cause. Elles obtiendront ainsi notamment le droit d’être témoin dans des actes civils ou notariés, le droit pour les femmes mariées de disposer de leur salaire. Prétendre faire du 8 mars un plébiscite populaire, non un carnaval d’impudicité et de lubricité, passe par une audace sans nom. Le projet féministe ne se réduit pas à un simple corpus revendicatif: aller sur le territoire des hommes, c’est-à-dire investir la sphère publique, suppose aussi de réclamer une réforme en profondeur du statut des femmes dans la famille, de nouveaux rapports hommes-femmes et un changement des mentalités. Ce n’est pas un aménagement de la situation faite aux femmes, pas une simple amélioration qu’elles revendiquent, mais bien la reconnaissance officielle de l’égalité des hommes et des femmes, qui devra à terme s’inscrire dans tous les domaines de la société, y compris culturel, économique et politique.

Féminisme et politique

Dans l’ensemble, les militantes féministes sont à classer parmi les progressistes et sont attachées à un idéal libéralisant ou sociolibéral.qui parle d’un idéal social et doit laisser transparaître l’idée d’égalité entre les genres et non confiner les femmes en politique au rôle de chauffeuses de salles. IL faut que la société égalitaire s’organise de façon plus structurée. Plus le mouvement s’étendra et plus les couleurs politiques se diversifieront. La physionomie politique ne tient pas compte des aspirations féministes. C’est quand même une honte qu’une théocratie comme l’Iran ait un plus grand nombre de députées qu’au Cameroun, prétendue démocratie! Quelques militantes tentées par le nationalisme-féministe, dans les années 1990, se sont trouvées excommuniées et poussées pour la plupart à l’exil ou à la renonciation politique pure et simple. On a vu en 1997 madame Delphine Tsanga taxée de tous les noms d’oiseau pour avoir osé contester l’ordre établi! Les élans sont moins ardents dans la lutte pour la cause des femmes. Les femmes sont plus des suivistes que des syndicalistes. La flagornerie en politique est leur principal pôle d’attraction. Le succès que le mouvement féministe aura soulevé par les thèmes qu’il aura mis au jour incitera les groupes politiques à solliciter les femmes, y compris pour diriger les grands partis politiques, pourquoi pas le gouvernement ou l’Etat."