Aceh: La charia à Aceh

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RFI
Depuis 2001, Aceh est la seule province indonésienne qui applique, en partie, la loi islamique.
Mais si la plupart des ses habitants sont d'accord avec cela, l'application de la loi, elle, fait débat depuis que des scandales ont entaché la réputation de la police islamique.
La scène, filmée sur un téléphone portable, ressemble à une scène de viol: une jeune fille en pleurs, la poitrine découverte malaxée par une grosse main brune, et qui murmure «s'il vous plait, ne montrez pas ça à mes parents». Cette vidéo, qui a depuis fait le tour de Banda Aceh, a été filmée lorsqu'un groupe d'une quinzaine de jeunes gens ont surpris un couple d'adolescents qui s'embrassaient passionnément sur la plage – ce qui est interdit, depuis que des éléments de la loi islamique ont été introduit dans la province. Les jeunes ont ensuite forcé le couple, sous les menaces, à continuer leurs ébats et l'un d'entre eux a filmé la scène. A Banda Aceh, la réprobation des habitants a été unanime, comme l'explique Cut Fatwa, une militante féministe. «A travers cette vidéo, on voit bien que c'est la femme qui est victime d'abus de pouvoir. On espère que ce genre de choses ne se reproduira plus jamais à Aceh».

La charia est en vigueur à Aceh depuis déjà six ans mais, explique Raihana Dani, une jeune activiste, la poussée de conservatisme au sein de la population est plus récente. «Les gens n'ont pas vraiment compris l'explication scientifique disant pourquoi le tsunami a frappé Aceh. Alors ils ont commencé à dire que c'était une punition divine à cause du relâchement des mœurs dans la province, notamment de ces femmes qui ne portaient pas le voile ou qui ne s'habillaient de manière trop osée. Mais enfin, ce serait mieux que l'on se serve de la loi islamique pour des choses plus importantes, comme par exemple la lutte contre la corruption».

L’image de la police islamique

La vidéo, qui fait scandale, illustre l'importance que prennent des groupes de civils qui décident de prendre le problème de l'application de la loi islamique entre leurs mains, au grand dam des habitants. Cela cause un certain embarras chez Wirzaini Usman, porte-parole de l'institution en charge de faire appliquer la charia. «La population peut et doit participer à la bonne application de la loi islamique en signalant des cas à la police. Cependant, c'est très clair qu'il est interdit aux individus de faire justice eux-mêmes, car il n'est pas question de faire respecter une loi tout en brisant d'autres lois, comme c'est le cas ici».

Personne, à Aceh, ne remet en cause l'utilisation des règles islamiques dans cette province, surnommée la «véranda de la Mecque» et connue pour la piété de ses habitants. Mais un scandale comme celui-ci ternit très sérieusement l'image de la police islamique, d'autant que ce n'est pas le seul lié à l'application de la charia. Quelques semaines auparavant, un de ses membres avaient été surpris dans des ébats amoureux avec une jeune fille; mais au lieu d'être condamné à des coups de bâtons, comme le veut la loi islamique, il a seulement été contraint d'épouser sa maîtresse – ce que beaucoup voient ici comme la preuve d'une inégalité de traitement entre faibles et puissants.

24 juin 2007
Radio France Internationale