Tunisie: La Tunisie célèbre les femmes, un rempart contre le conservatisme

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AFP via JeuneAfrique
"La Tunisie a célébré sa "fête nationale de la femme", une journée chômée marquant la date anniversaire du Code du statut personnel, des lois libérales édictées le 13 août 1956 et gage d'émancipation face au conservatisme islamiste rampant."
Le président Zine El Abidine Ben Ali, félicitant l'Union nationale des femmes a incité à "la persévérance et à la vigilance (...) pour la victoire des valeurs de tolérance, de modération et de modernité face aux fléaux du repli sur soi et de la régression".
"La femme est le symbole de la modernité, le dépositaire de l'authenticité", a-t-il écrit, souhaitant voir les femmes agir en "partenaire active pour tout ce qui concerne les affaires de la famille et de la société".

Symbole d'ouverture, le football roi en Tunisie, s'est invité à la fête du 13 août par l'organisation d'un tournoi d'équipes féminines du Maroc, d'Egypte, d'Algérie et Tunisie. La fête des femmes était à la Une des quotidiens et la radio nationale consacrait son émission phare du matin à des pionnières, dont Alia Menchari, commandant de bord exerçant depuis plus de vingt-cinq ans à Tunisair, où elles sont quinze femmes à piloter.

"Selma, une femme libre", de l'écrivain français Gérard Cardonne (Le verger Editeur) était présenté à Tunis par l'auteur à l'occasion du 13 août et pour "jeter un pont entre le Maghreb et la France".

Les femmes, qui forment plus de la moitié des dix millions d'habitants, ont massivement investi le marché du travail pour garantir leur autonomie et parer à la remise en question d'une émancipation de droit acquise sur un demi-siècle. Présentes dans tous les secteurs d'activité, elles comptent 26% de la population active, plus de 50% des étudiants, 29% des magistrats, et 24% des diplomates, le Parlement tunisien est le plus féminin de la région avec 22,7% de députées. Frappées autant que les hommes par le chômage endémique (14%), les femmes sont souvent incriminées de maux sociaux, leur place naturelle étant au foyer selon la rhétorique radicale islamiste relayée par certaines chaînes satellitaires arabes.

Selon une étude publiée lundi, les femmes actives dans le secteur privé sont pourtant plus instruites, plus actives et prennent davantage d'initiative, mais elles gagnent moins que les hommes. Tribut à l'émancipation, le quart des femmes actives dans le privé sont célibataires contre 19% des hommes, un taux de célibat important pour un pays de culture arabo-musulmane, le mariage y étant généralement perçu comme un accomplissement social et religieux.

D'autres différences sexistes combattues par les féministes subsistent 50 ans après l'adoption du Code du statut personnel (CSP), dans lequel l'ancien président Habib Bourguiba avait fait inscrire l'égalité, interdit la polygamie et instauré l'âge minimum du mariage pour les filles, le droit à l'éducation et au travail rémunéré.

A son arrivé au pouvoir, en 1987, en pleine effervescence islamiste, le président Ben Ali a fait interdire le parti islamiste Ennahda et consolider les dispositions du CSP, trop libérales au goût des radicaux conservateurs.

Dotés alors du statut de "partenaires", les femmes étaient désormais qualifiées de "rempart solide contre les forces rétrogrades, le fanatisme et l'extrémisme".

Une oeuvre à parfaire aux yeux des féministes militant pour l'égalité dans l'héritage, au nom d'une lecture éclairée du Coran pour certains et de la laïcité revendiquée par d'autres.

Les dispositions du CSP, célébré lundi, avaient été inspirées par la pensée moderniste et "al-ijtihad" (interprétation du Coran) de réformateurs musulmans de la fin du XIXe siècle, notamment Tahar Haddad.

13 août 2007