Nigeria: Au Nigeria, des gays devant la justice

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Libération
L’affaire se déroule sur fond d’une nette recrudescence de l’homophobie en Afrique.
Le procès de 18 hommes pour homosexualité s’est ouvert, hier, devant un tribunal islamique du Nord du Nigeria, avant d’être immédiatement reporté au 13 septembre. Si jamais ces hommes sont convaincus de sodomie, ils risquent la peine de mort par lapidation. Pour l’instant, et faute de témoins, ils ne sont «que» poursuivis pour «vagabondage» et «fainéantise», ce qui pourrait leur valoir un an de prison ou 30 coups de fouet.
Ils avaient été interpellés par la police le 8 août à Bauchi, trois jours après une cérémonie de mariage homosexuel durant laquelle ils s’étaient déguisés en femmes, portant soutiens-gorge, boucles d’oreilles, etc.

Les accusés, âgés de 18 à 22 ans, ont tous nié l’accusation de travestissement et d’homosexualité : ils ont expliqué s’être rendus à une fête de fin d’année pour célébrer l’obtention de leur diplôme. Cinq d’entre eux ont été libérés hier sous caution en attendant la reprise du procès. Les 13 autres ne pouvaient pas payer les 20 000 nairas (108 euros) demandés. A leur sortie du tribunal, en fourgon carcéral blindé, ils ont reçu des pierres lancées par une petite foule. L’Etat de Bauchi, comme une dizaine d’autres au Nigeria, a adopté la loi islamique (charia), qui interdit strictement l’homosexualité. Ce durcissement n’est pas propre aux seules zones musulmanes. Un projet de loi vise à interdire les unions homosexuelles, qui de toute façon n’ont pas de statut légal, et à punir ceux qui aident et encouragent gays et lesbiennes.

Dans toute l’Afrique, l’homophobie est en nette recrudescence. En mai, lors de la première conférence de l’Ilga (International Gay and Lesbian Association), l’organisation faisait remarquer que 38 des 85 pays interdisant l’homosexualité se trouvaient en Afrique. L’année dernière, la presse camerounaise avait «dévoilé» de façon nauséabonde des listes supposées d’homosexuels, déchaînant un tollé dans l’opinion publique à leur encontre. Plusieurs homosexuels présumés sont encore sous les verrous dans ce pays. Au Zimbabwe, le dictateur Robert Mugabe ne perd jamais une occasion de dénoncer le lobby homosexuel occidental, censé militer contre lui. Même en Afrique du Sud, seul pays du continent à autoriser les mariages gays, les meurtres de lesbiennes sont chose courante, comme le dénonçait récemment Human Rights Watch.

22 août 2007