Palestine: Les femmes policiers: le visage voilé du nouvel ordre à Gaza

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islam-pluriel.net
"Serrée dans un manteau noir, portant un voile de couleur pourpre sur une coiffe de coton blanc cachant tous ses cheveux, Aqal est l’une des 50 femmes travaillant avec les forces paramilitaires du Hamas."
"Susan Aqal, 28 ans, mère d’un petit garçon, a troqué la vie domestique traditionnelle dans la bande de Gaza contre les interrogatoires des drogués, voleurs et meurtriers. Diplômée en droit, cette Palestinienne a travaillé pour diverses organisations et a sauté sur l’occasion quand elle a pu réaliser le rêve de sa vie: devenir officier de police.
«C’est mon domaine. C’est ce que j’ai étudié. Je voulais un travail lié à la sécurité, et je n’ai pas hésité une minute quand j’ai pu rejoindre la police», affirme cette épouse d’un officier d’une force paramilitaire du mouvement islamiste Hamas qui a pris de force le pouvoir à Gaza à la mi-juin.

Serrée dans un manteau noir, portant un voile de couleur pourpre sur une coiffe de coton blanc cachant tous ses cheveux, Aqal est l’une des 50 femmes travaillant avec les forces paramilitaires du Hamas.

La majorité sont des secrétaires. Susan Aqal, elle, est l’une des dix femmes policiers employées par une unité créée le mois dernier par le Hamas et affectée dans la Saraya, la principale prison de Gaza.

«Je sais que pour accomplir ma tâche, il faut une forte personnalité et du courage. Mais, je n’ai pas peur et je crois qu’il faut punir les coupables», dit-elle en compulsant une liste de suspects impliqués dans des affaires de meurtres, trafic de stupéfiants ou vol. «J’interroge aussi bien les hommes que les femmes, et pour l’heure j’assiste nos officiers car je n’ai pas encore achevé ma formation», ajoute-t-elle.

Vêtu d’un treillis, Amine Nawfal, le commandant de la Force exécutive qui supervise les unités féminines, indique que ces dernières seront entraînées au maniement des armes à feu et prendront part aux opérations d’arrestation de femmes. «Les femmes ne peuvent être touchées par un homme, et c’est pourquoi ces unités sont nécessaires», affirme Nawfal.

La plupart des collègues de Susan Aqal, employées des services administratifs, portent le très classique «hijab» couvrant les cheveux mais d’autres ont opté pour le «niqab» que ne laisse que deux fentes pour les yeux. «Ma mère s’occupe de mon bébé et mon mari, qui travaille avec la Force (exécutive), m’appuie totalement. Dans ma famille, toutes les femmes travaillent», explique Susan.

Fière de son élégant bureau équipé d’un ordinateur, elle gagne 300 dollars par mois, une somme considérée comme importante dans ce territoire pauvre. Elle travaille sept heures par jour, six jours par semaine, mais espère doubler son salaire après une période d’essai de six mois. «Nous voudrions des uniformes bleu nuit ou noir, semblables à ceux des hommes», se plaint-elle cependant.

Au Hamas, il n’est pas question de chemises et de pantalons pour les femmes. «Plus tard, les femmes auront des uniformes conformes à la charia (loi islamique), mais il n’y aura ni chemises, ni T-shirts. Ce sera la même chose que ce qu’elle porte», déclare Nawfal.

Il reconnaît que le recrutement des femmes est controversé, et que certains hésitent à rallier les rangs du Hamas, de peur de perdre ainsi leurs salaires versés par le gouvernement palestinien basé en Cisjordanie.

D’autres hésitent à travailler pour le gouvernement du Hamas car ils craignent les représailles des États-Unis et de l’Union européenne qui considèrent le mouvement islamiste comme une organisation terroriste.

Un peu plus loin, dans son salon de coiffure jadis à la mode et aujourd’hui déserté, Talat Abdo s’étonne: «Il y a des femmes policiers? Je croyais qu’ils (les militants du Hamas) étaient religieux».

Il tient sa boutique depuis 35 ans, et jamais la situation n’a été aussi terrible qu’au cours des 18 derniers mois, en gros depuis que la communauté internationale a répondu par un boycottage économique à la formation du premier gouvernement du Hamas.

«Je reçois de 25 à 30 femmes par semaine. Les beaux jours du temps d’Abou Ammar (Yasser Arafat) et de l’Autorité palestinienne sont loin», soupire-t-il avant de s’installer devant son téléviseur pour regarder un film égyptien.

Par: Jennie Matthew, Agence France-Presse, Gaza

24 septembre 2007