Palestine: 'Les Palestiniens fuient le présent dans la religion'

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Reuters / Islam-Pluriel
"A Ramallah, cité résolument laïque, les femmes commencent à se vêtir de façon moins voyante qu’auparavant. On aperçoit moins de jupes courtes et de hauts sans manches dans le centre-ville, et plus de caftans et de voiles."
Il y a encore cinq ans, les restaurants de Ramallah restaient ouverts de jour pendant le ramadan et servaient des bières. Cette année, la plupart des établissements ferment durant les heures du jeûne et l’alcool a disparu de leurs cartes.
Il ne s’agit-là que de symptômes d’une tendance globale: la récession économique, les conflits politiques internes et les maigres perspectives d’indépendance poussent les Palestiniens de Cisjordanie à chercher un réconfort dans la religion.

“Je ne suis pas une fanatique, mais j’ai des sentiments religieux et j’ai voulu essayer de jeûner cette année”, confie Houda, une Palestinienne de 24 ans, dont les amis ont été “surpris de ce changement brusque”. Tous les Palestiniens ne sont pas devenus dévots du jour au lendemain et l’instrumentalisation de la religion par certaines factions politiques comme le Hamas, désormais au pouvoir à Gaza, en écarte plus d’un loin du chemin de la mosquée.

Mais l’universitaire Marouane Abou Khalaf, 50 ans, note le nombre croissant de jeunes fidèles à la mosquée jouxtant son domicile. “J’y vais prier régulièrement depuis 10 ans et je peux certifier que le nombre de jeunes qui font de même s’est accru de 25%.”

Dans les agglomérations traditionnellement conservatrices, comme Hébron, Kalkilia ou Toulkarem, les femmes ont toujours porté le foulard. Mais, influence du Hamas aidant, elles sont désormais plus nombreuses à le faire dans les grandes villes comme Naplouse - sans parler de Gaza.

A Ramallah, cité résolument laïque, les femmes commencent à se vêtir de façon moins voyante qu’auparavant. On aperçoit moins de jupes courtes et de hauts sans manches dans le centre-ville, et plus de caftans et de voiles. “Les femmes qui portent des jupes courtes dans la rue se sentent déplacées et sont importunées par les hommes”, note Eman Hammouir, directeur du Centre des arts populaires de Ramallah. Le Fatah, comme le Hamas, tentent d’exploiter à leur profit cette piété renaissante.

Oussama Khalaf, propriétaire du restaurant Darna, l’un des plus en vogue de Ramallah, confie avoir cessé de servir de l’alcool durant le ramadan de crainte de représailles de groupes armés qui utilisent la religion pour asseoir leur influence.

Un médecin raconte qu’une patiente voilée a pris à partie récemment une secrétaire de sa clinique parce qu’elle regardait à la télévision des clips musicaux, genre jugé contraire à la religion par les islamistes. “C’est sans précédent dans ma clinique.”

Oussama Khalaf note que, par une sorte de réflexe de protection, la petite minorité chrétienne - 2,0% des Palestiniens - affiche elle aussi plus volontiers ses signes d’appartenance et fréquente davantage les églises.

“C’est faute de perspectives d’avenir claires que les Palestiniens se tournent vers Dieu en quête de stabilité et de sécurité sprirituelles”, analyse Mahmoud Habbache, ministre au sein de l’Autorité autonome palestinienne.

5 octobre 2007