Bahreïn: Une polémique divise les radicaux et les libéraux autour d’une loi limitant l’âge minimum du mariage

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Mediarabe
Les islamistes accusent le gouvernement de porter atteinte à l’islam et au Prophète.
Les autorités du Bahreïn viennent d’interdire la validation de tout mariage contracté entre des filles âgées de moins de 15 ans, et des garçons de moins de 18 ans, soulevant une vive polémique, sur fond d’atteinte aux valeurs de l’islam.
Cette décision prise par le ministre de la Justice (décret N°45/2007), a été violemment critiquée par les radicaux chiites, qui l’accusent d’« invalider « de facto » le mariage du Prophète avec Aïcha, la mère des croyants », qui s’était mariée avec Mahomet à l’âge de 9 ans. « Les musulmans doivent rejeter cette décision qui porte atteinte à leur Prophète », a de son côté affirmé l’ouléma Issa Al-Qassem. D’autres radicaux ont mis en garde contre l’application de cette décision gouvernementale, qui prépare le terrain et les esprits à « une nouvelle loi libérale sur l’état civil que le pouvoir s’apprête à proposer sous la pression des libéraux », affirment-ils. Les radicaux réclament en fait une loi spécifique à chaque communauté, chiite et sunnite, et qui soit inspirée de la Charia et qui la respecterait.

Le ministre de la Justice, Khaled Ben Ali Al Khalifa, a dévoilé sa décision interdisant la validation des mariages si les épouses sont âgées de moins de 15 ans, et les époux de moins de 18 ans, sauf dans des cas exceptionnels : « ceux qui sont obligés de se marier avant d’atteindre l’âge légal doivent fournir des motifs légitimes, validés par un tribunal, pour justifier leur union » [NDLR : il s’agit souvent de cas de jeunes filles violées, ou liées par des relations amoureuses et qui se retrouvent obligées à épouser leur amoureux pour sauver l’honneur].

Alors que les radicaux dénoncent cette atteinte à l’islam et à la Charia, les femmes se disent favorables à ces nouvelles règles, car, comme l’affirme la vice-présidente du bureau des femmes au sein de l’association “al-Minbar” (proche des Frères musulmans), « cette décision limitera les dégâts que causent les tuteurs sur leurs filles quand ils abusent de leur pouvoir de tutelle ». La militante islamiste ajoute que « les filles de moins de 15 ans ne sont pas encore assez mures pour comprendre le sens du mariage et pour fonder une famille ».

Si la décision du ministre fait couler beaucoup d’encre au Bahreïn, et suscite la polémique entre chiites, sunnites, religieux et libéraux, elle intéresse également les constitutionnalistes. Certains experts estiment que « la décision est anticonstitutionnelle car elle viole l’article 18 de la Constitution ». Cet article parle en effet d’égalité entre les sexes. Or, « la loi porte une ségrégation entre les hommes et les femmes en fonction de leur âge ». Certains avocats demandent au gouvernement de fixer l’âge légal du mariage à 18 ans pour tous.

Traduction et synthèse de Chawki Freïha

30 novembre 2007