Pays-Bas: Une fatwa interdisant aux femmes la pratique du vélo suscite la polémique

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Blog des Heritiers d'Ibn Rochd
En l’absence de toute autorité religieuse reconnue, chargée de valider les fatwas, chaque ouléma autoproclamé peut prétendre justifier ses décrets et les légitimer par ses propres interprétations du Coran ou de la Tradition.
C’est exactement ce dont souffrent de larges catégories de la population musulmane à travers le monde, et plus précisément en Occident. Pourtant, ces populations se sont réfugiées en Europe pour vivre la modernité et la liberté, fuyant l’autoritarisme religieux qui fait ravage dans leur pays d’origine.
La dernière polémique relatée par le site « Elaph.com » (29/12/207) en est une bien triste illustration, qui frôle le « ridicule », comme le fut la fatwa sur « l’allaitement des grands ». En effet, la dernière trouvaille concerne une fatwa qui interdit à la femme musulmane de pratiquer le vélo, car, selon les religieux qui la répandent, « enjamber la selle du vélo suscite chez la femme une excitation sexuelle, et le vélo devient, de ce point de vu, un objet prohibé ».

Les musulmanes vivant aux Pays-Bas n’ont pourtant pas le choix que d’utiliser le vélo, le moyen de transport le plus populaire en Hollande, avec plus de 30 millions d’unités dans le pays. D’autant plus que de nombreuses femmes peinent à s’offrir un permis de conduire et une voiture, et se retrouvent ainsi dans l’obligation d’apprendre à pédaler et de braver ces interdits. Les musulmanes les plus conservatrices respectent la fatwa à la lettre, et assimilent le vélo à un objet sexuel. Elles sont confortées dans leur approche par l’interprétation du cheïkh Kamal Al-Faïdy, qui estime que « la fatwa interdisant le vélo est exécutoire et doit être appliquée par toutes les femmes ». Pour lui, « la femme, bien qu’elle soit correctement voilée, risque de laisser apparaître certaines parties de son corps quand elle enjambe une selle de vélo, ce qui est en soi prohibé ». De plus, le religieux estime tout simplement que « le fait d’écarter les jambes d’une femme, pour pratiquer le vélo, est excitant sexuellement, et la femme doit s’abstenir… »

« Elaph.com » a interrogé plusieurs femmes musulmanes, d’origine somalienne, irakienne, algérienne ou marocaine... Elles sont partagées entre l’utilité du vélo, un outil de transport indispensable, la fatwa le prohibant, et les difficultés de l’apprendre et de le pratiquer. Ainsi, Hassiba, une marocaine, s’est retrouvée à l’hôpital après une chute due à sa robe, qui a coincé la chaîne du vélo... Malheureusement pour Hassiba et ses semblables, son accident peut conforter les religieux dans leur refus du vélo, à moins qu’ils imposent le vélo en short ou en bermuda !

Notons que plusieurs dizaines d’internautes ont réagi à cet article, sur « Elaph.com ». Les plus radicaux approuvent l’interdiction du vélo pour la femme, mais de nombreux intervenants rappellent que les femmes, durant les conquêtes musulmanes des premiers siècles, contribuaient au jihad à dos de chameaux dont la pratique est bien plus excitante sexuellement que le vélo. Et de ce fait, ils dénoncent l’auteur de la fatwa interdisant le vélo estimant qu’il contredit les pratiques des premiers compagnons du Prophète.

Traduction et synthèse de Randa Al-Fayçal.

2 janvier 2008

Lire l’article original: Elaph.com