Côte d'Ivoire: Les religieux, le nouveau fer de lance contre l'excision

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IPS
Cela fait une décennie que le parlement de Côte d'Ivoire a adopté la loi contre l'excision, mais elle a du mal à s'appliquer, en raison des considérations liées aux traditions dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
El Hadj Kassoum Traoré, un imam de Côte d'Ivoire, demande de plus en plus aux fidèles de sa mosquée de dénoncer désormais toute personne qui s'adonne aux mutilations génitales féminines (MGF), de refuser de faire exciser leurs filles, et aux exciseurs de se débarrasser des outils utilisés pour cette pratique nocive.
Cela fait une décennie que le parlement de Côte d'Ivoire a adopté la loi contre l'excision, mais elle a du mal à s'appliquer, en raison des considérations liées aux traditions dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Et les campagnes de sensibilisation n'ont toujours pas porté les résultats escomptés.

Face à une pratique en cours jusque dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, et qui a encore la peau dure dans le nord et l'ouest du pays, le nouveau moyen de lutte semble être désormais porté par les religieux. Ils sont réunis en symposium international des leaders religieux engagés dans la lutte contre les MGF, cette semaine à Abidjan.

Depuis près de deux mois qu'il s'est engagé à combattre l'excision, Traoré, imam de la petite mosquée de Belleville, un quartier précaire d'Abidjan, consacre une partie de la prière de vendredi à expliquer à ses fidèles les méfaits des MGF.

Aussi, sans aucun revenu, ni moyens de transport, de communication, ni formation médicale, Traoré réunit chaque semaine autour de lui, les sages de la communauté musulmane du quartier pour débattre du sujet de l'excision. Une pratique qui, lors de ces trois derniers mois, avait été signalée dans des concessions de Belleville.

"Nulle part dans le coran ou la bible, n'est autorisée la pratique de l'excision", indique à IPS, Traoré. "Ce sont des pratiques traditionnelles et coutumières qui ont existé et continuent de l'être. Mais les risques sont tels qu'aujourd'hui, il faut penser à y mettre un terme", affirme-t-il.

Depuis la prière du vendredi 12 octobre, contrairement aux précédentes rencontres où les avis étaient très partagés sur la nécessité de continuer où d'arrêter la pratique des MGF, les points de vue ont commencé à s'accorder beaucoup plus autour des idées de l'imam.

De son côté, à la chapelle de l'église méthodiste des II Plateaux, un quartier huppé d'Abidjan, le pasteur François Miézan n'est pas tendre avec les pratiquants de l'excision. "Si quelqu'un ici (dans son temple) à des rapports avec la pratique, qu'il cesse cela maintenant", lance-t-il à l'endroit des fidèles. "Si vous ôtez un organe humain à une personne, vous commettez un crime", ajoute-t-il.

Pour Miézan, chaque fidèle doit désormais dénoncer aux forces de l'ordre toute personne qui s'adonnerait à la pratique de l'excision.

"Quand on sait que des rites ont été hérités du passé, c'est toujours difficile de les abandonner", reconnaît Adja Fatou Diomandé, une fidèle de la grande mosquée d'Aghien-Cocody, un autre quartier chic d'Abidjan. "Mais la femme aujourd'hui, n'a pas plus besoin d'être aussi soumise à des risques mortels comme l'excision", dit-elle à IPS. "Si nos leaders religieux pensent que le moment est venu de voir cette réalité et d'abréger les souffrances des femmes, alors Dieu soit loué!"

L'excision consiste à enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines régions d'Afrique, on pratique l'infibulation qui consiste à coudre les grandes lèvres du vagin de la fille et à ne réserver qu'un petit orifice pour l'urine et les menstruations. L'objectif de l'opération serait d'empêcher ou de réduire les envies sexuelles.

Les mutilations génitales féminines sont une pratique courante dans de nombreuses régions de Côte d'Ivoire et dans d'autres pays d'Afrique de l'ouest.

Au quatrième symposium international des leaders religieux engagés dans la lutte contre les MGF, le représentant résident du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Youssouf Oomar, a jugé "préoccupante la situation des filles et femmes victimes de l'excision en Côte d'Ivoire".

Selon Oomar, la prévalence des MGF dans le pays est estimée actuellement à 44,5 pour cent, contre 40 pour cent en 1995, soit environ une femme victime sur deux. Se référant aux dernières enquêtes à indicateurs multiples de l'UNICEF en 2006, il affirme que la pratique s'est accrue dans les régions du nord et du nord-ouest du pays avec un taux de prévalence de 88 pour cent, et dans l'ouest avec 73 pour cent.

"La persistance de la pratique s'adosse sur des croyances culturelles et religieuses des communautés qui la pratiquent", soutient Oomar.

"Les mutilations génitales féminines ne sont liées à aucune religion, mais à l'ignorance et à la mauvaise foi qui sont à l'évidence deux fondements de cette pratique", affirme Morissandé Kouyaté, directeur des opérations du Comité interafricain de lutte contre l'excision, basé à Addis Abeba.

Un autre imam ivoirien, Abdalah Djigui Cissé, président de la Fondation "Djigui la Grande espérance", une organisation non gouvernementale basée à Abidjan, a déclaré à IPS: "Notre engagement (des religieux) doit être désormais sans faille. Certains d'entre nous ont entamé la sensibilisation dans les communautés avec des résultats satisfaisants. Mais c'est encore insuffisant, et nous devons poursuivre nos efforts".

"Nous allons adopter une déclaration appelée Déclaration d'engagement d'Abidjan. Elle constituera pour nous la boussole qui nous guidera à l'éradication totale des mutilations génitales féminines", a indiqué Cissé pendant le symposium qui prend fin ce jeudi.

Ce quatrième symposium des religieux, selon les organisateurs, s'inscrivait dans le prolongement des précédentes rencontres internationales: celle de 1998 à Banjul (Gambie), de 2000 à Arusha (Tanzanie), et deux autres conférences organisées simultanément au Caire (Egypte) et à Ouagadougou (Burkina Faso), en 2000.

25 octobre 2007