Mondiale: Débat: Pour ou contre l’utilisation du terme Islamophobie?

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Courrier de l'Atlas via Respublica
Yann Barte découvrait le numéro de novembre du « Courrier de l’Atlas », avec son dossier consacré à l’islamophobie. Estimant ce choix non pertinent, il a souhaité expliquer pourquoi. Son collègue Naceureddine Elafrite lui répond. Débat.
"Nous vous proposons un débat qui a eu lieu au sein de la rédaction du Courrier de l'Atlas, que nous avons trouvé intéressant bien que notre opinion sur cette question soit celle de Yann Barte. De retour du Nicaragua, notre collaborateur Yann Barte découvrait le numéro de novembre du « Courrier de l’Atlas », avec son dossier consacré à l’islamophobie. Estimant ce choix non pertinent, il a souhaité expliquer pourquoi. Son collègue Naceureddine Elafrite lui répond. Débat." --La Rédaction de Respublica
CONTRE

« ISLAMOPHOBIE EST UN MOT PIEGE », Par Yann Barte

Dans les années 80, on riait au nez des cathos intégristes de l’Agrif qui se ridiculisaient dans des procès pour « racisme antichrétien ». Et on avait raison. Aujourd’hui, on considère avec le plus grand sérieux la démarche identique des islamistes et de leurs nouveaux alliés paradoxaux d’extrême gauche (au nom de la lutte contre l’Occident libéral). Le terme « islamophobie », véritable arme idéologique, a été inventé par les mollahs au lendemain de la révolution iranienne, nous rappelle Chahdortt Djavann : « Il résume l’idéal totalitaire d’un régime islamiste pour qui toute opposition est considérée comme une atteinte à l’islam. » Le mot a fait le titre de notre dossier. Il a aussi fait débat au sein de la rédaction. Peut-on en effet l’utiliser sans détourner l’antiracisme au profit de la lutte contre le blasphème ? Ayant attaqué pour islamophobie, le Mrap s’est vu débouté face à d’authentiques racistes comme Oriana Fallaci. Non seulement le mot piège le débat, mais il s’avère d’une inefficacité crasse contre le racisme que l’on ne sait plus appeler par son nom. Il existe un racisme qui se tapit derrière la critique de l’islam. Il suffit d’écouter les propos villiéristes pour s’en convaincre. De même que l’antisémitisme va parfois de pair avec la stigmatisation de la religion des juifs. Pour autant, « judéophobie » n’a pas fait son entrée dans le Petit Robert, pas plus que « christianophobie » et c’est heureux de ne pas confondre critique des religions et racisme, critique des personnes pour ce qu’elles sont (xénophobie, homophobie…) et pour leurs idées (religions, idéologies…).

« Islamophobie » a été anobli par le Robert, comme pour disqualifier un peu plus ceux qui osent résister aux islamistes (musulmans libéraux, laïques, féministes) en refusant de céder au chantage à l’islamophobie. Il me paraît urgent de bannir le mot et d’appeler le racisme par son nom.

POUR

« L’ISLAMOPHOBIE EST UNE REALITE ? IL FAUT L’APPELER PAR SON NOM », Par Naceureddine Elafrite

Tout comme la judéophobie (si, si le terme existe) et l’antisémitisme, l’islamophobie est une abomination qui doit être désignée en tant que telle ; désignée, mais aussi décortiquée, analysée, dénoncée. Car elle a ses spécificités, que le terme « racisme » ne suffit pas à restituer. Il y a aujourd’hui, en Europe, une montée de l’islamophobie. Des organisations internationales neutres ont tiré la sonnette d’alarme, et notre rôle en tant que magazine d’actualité et de société, était d’en rendre compte. L’islamophobie, c’est le dénigrement systématique de l’islam et de ceux qui sont de culture ou de foi musulmane. De la même manière que l’on peut utiliser un couteau pour faire la cuisine, on peut l’utiliser pour commettre un crime. Des esprits retors auront toujours la tentation de dégainer une accusation d’islamophobie pour interdire toute critique de l’islam et des musulmans ou toute démarche laïque. Il en va ainsi de l’antisémitisme. Ceux qui critiquent Israël ou le judaïsme ne sont pas forcément antisémites. L’islamophobie est au cœur d’un mécanisme très pervers. A l’origine, elle a été alimentée, pour ne pas dire générée, par le comportement de certains musulmans eux-mêmes. Ou par des gens qui se revendiquent de l’islam. Ce n’est pas un hasard si elle s’est développée après le 11 septembre. Voyez ce qui est arrivé à cette enseignante anglaise au Soudan[1], et vous verrez que la lutte contre l’islamophobie doit commencer par notre autocritique, nous musulmans. A son tour, l’islamophobie nourrit le repli identitaire, alimente le communautarisme. Ce qui génère des excès indéniables de langage ou de comportement. Les manifestations islamophobes (il suffit de faire un petit tour sur le Net) légitiment les positions d’intolérance, de repli, de refus de l’Autre, voire de sa déshumanisation. C’est connu, les extrémistes de tout bord se nourrissent les uns les autres. C’est un cercle vicieux, et pour le briser, il n’y a aucune raison de dénoncer les extrémistes musulmans (et il y en a) tout en épargnant les extrémistes antimusulmans en se contentant de les accuser de racisme.

Notes

[1] En décembre 2007, au Soudan, une institutrice britannique a été condamnée pour insulte à l’islam : elle avait laissé ses élèves de 6 ans appeler leur ours en peluche du prénom du Prophète. Elle a finalement été graciée.

Le Courrier De L'Atlas