Etats-Unis: L’opinion des jeunes: "Porter ou ne pas porter le hijab"

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Common Ground
"Lorsque vous demandez à une musulmane pourquoi elle porte ou ne porte pas le hijab, la réponse n’est jamais simple."
"Nous sommes toutes deux des jeunes femmes américaines musulmanes, solidement ancrées dans notre foi. Toutes deux étudiantes avancées de l’Université Georgetown, nous n’en sommes pas moins activement impliquées dans la communauté musulmane américaine. L’une de nous deux porte un foulard, connu en arabe comme hijab, l’autre non. Et pourtant toutes deux nous défendons le droit de porter le foulard, sans censure, sans condamnation ni pitié condescendante.
Le fantasme de la femme musulmane, sexuellement exotique mais tragiquement réprimée, est tapi dans les consciences occidentales depuis que l’Occident est entré en contact avec le monde musulman. Dans un article paru dans Islamica Magazine, Mohja Kahf, professeur à l’Université de l’Arkansas, fait remonter ce cliché éculé à “l’époque de la littérature romantique et de l’intrigue byronienne dans laquelle un homme blanc sauvait la fille du harem. Ce cliché a continué de fleurir aux beaux jours du colonialisme européen, alimentant le complexe du héros blanc suprématiste chrétien”.

A l’époque moderne, le voile s’est transformé en symbole passionnel de l’affrontement entre tradition et modernité, entre islam et Occident. Il aurait, semble-t-il, servi en partie de justification politique à certaines démarches dont les Etats-Unis se sont faits le champion “pour libérer les musulmanes” en Afghanistan et en Irak. Nous, musulmanes américaines, qui vivons simplement notre identité duale, exigeons la révision de cette dichotomie qui nous est imposée de l’extérieur. En tant qu’Américaines, notre rôle n’est pas de parler pour des femmes d’autres nations. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de faire connaître ce que nous savons du hijab ici, et ce qu’il signifie pour nous, aux Etats-Unis.

Les femmes musulmanes ne constituent pas une entité monolithique. Cette affirmation semble aller de soi. Pourtant, nous rencontrons souvent des camarades et des professeurs qui n’arrivent pas à comprendre que les larges concepts abstraits dont ils ont l’habitude dans le monde universitaire ne revêtent pas la même forme invariable une fois replacés dans le contexte des gens réels. Il est donc tout à fait normal que les raisons et les motivations qui conduisent une femme à porter le foulard, ainsi que la façon dont elle le fait, ne soient pas uniformes. De nombreuses personnes sont convaincues qu’une femme couverte est une femme réprimée, contrainte de s’habiller d’une certaine façon par une figure masculine autoritaire.

Dans la réalité, c’est cette intrusion de l’ignorance dans nos convictions, profondément entachées de préjugés, qui nous réprime, qui nous entrave, qui nous insulte. Sous couvert d’un geste d’intérêt vicié et hypocrite, ce regard ne sert qu’à rabaisser notre autonomie et notre intelligence.

Il est important ici de rappeler que le port du hijab n’est pas un pilier de l’islam. Il émane directement du concept de pudeur, cette vertu essentielle que les musulmans, hommes et femmes, ont le devoir explicite de consacrer. Ce n’est pas que nous voulions dévaloriser le voile, mais bien plutôt démontrer que l’enseignement et la pratique islamiques ont une dimension qui s’étend bien au-delà d’un morceau de tissu. Pourtant, nous tenons à aborder spécialement le problème du hijab, parce qu’il est profondément mal compris par le plus grand nombre et parce qu’il est représentatif de préjugés largement répandus sur l’islam.

Lorsque vous demandez à une musulmane pourquoi elle porte ou ne porte pas le hijab, la réponse n’est jamais simple. La raison la plus fréquemment donnée est celle d’une conviction sincère: les femmes croient qu’il s’agit d’une obligation selon les enseignements de l’islam, par référence au verset du Coran qui leur prescrit ”de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et de rabattre leur voile sur leurs poitrines” (Coran 24.31).

Certaines femmes portent un foulard par désir d’affirmer ouvertement leur identité musulmane. D’autres, peut-être, par désir de protection, car, dans leur mentalité, elles n’ont pas à dévoiler leur corps à des hommes étrangers. Pour d’autres encore, le hijab est un rappel personnel et constant de leur fidélité aux valeurs épousées par l’islam.

Trouver sa place dans une société qui donne un relief prioritaire à la beauté physique n’est ni facile, ni, souvent, confortable. Les femmes qui prennent cependant la décision de couvrir leurs cheveux - entrant ainsi en contradiction directe avec les valeurs et les normes de la société traditionnelle à laquelle nous appartenons – doivent faire preuve de conviction, de volonté et d’une compréhension personnelle approfondie du sens de ce geste.

Pour celles qui choisissent de ne pas porter le hijab, le raisonnement est aussi différent. Certaines musulmanes interprètent différemment le verset en question. Pour elles, même s’il est acquis que les principes de pudeur sont mentionnés et loués dans le Coran, le port du foulard constitue plus une interprétation ou un prolongement qu’une obligation. Pour d’autres encore, cette démarche, quoique importante, ne correspond pas à leur niveau personnel de spiritualité ou de pratique religieuse.

Une idée relativement courante semble avoir cours: les femmes qui portent le foulard doivent s’en tenir à certaines normes de comportement. Ce point de vue en dissuade plus d’une de couvrir ses cheveux. Pour d’autres, les valeurs véhiculées par le foulard peuvent se manifester d’autres manières. Alors qu’il pouvait être important par le passé de se couvrir la tête, la situation a changé: aux Etats-Unis, surtout, une femme voilée se fera plus remarquer, ce qui va à l’encontre du principe selon lequel le couvre-chef permettrait aux femmes de se mêler à la société sans être jugées sur leur apparence.

Quand tout est dit, il appartient à chacune de prendre sa décision. Il est important que ceux qui considèrent le foulard d’un point de vue extérieur à la tradition gardent l’esprit ouvert – assez ouvert pour y laisser entrer les raisons et les motivations réelles des musulmanes. Faire moins, c’est profondément injuste."

Par: Hafsa Kanjwal et Khadijeh Zarafshar

Hafsa Kanjwal et Khadijeh Zarafshar sont étudiantes avancées à l’Université de Georgetown, à Washington. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), accessible sur www.commongroundnews.org

Source: Service de Presse Common Ground (CGNews), 29 janvier 2008