Bahreïn: Une juive de Bahreïn doit être nommée ambassadrice à Washington

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Le Monde
Une juive de Bahreïn, Houda Nounou, doit être nommée prochainement ambassadrice de son pays à Washington, une première dans les pays arabes, a indiqué samedi un responsable du royaume du Golfe.
Cette nomination attendue rappelle la présence dans ce royaume arabe du Golfe d’une très petite communauté juive qui a connu son âge d’or dans les années 1940. Houda Nounou, pressentie pour ce poste prestigieux, n’est que l’un des 37 citoyens de confession juive du royaume de Bahreïn, qui compte une population autochtone de près de 530 000 âmes.
Un responsable bahreïni a nié que sa nomination soit un outil de propagande pour le royaume, un allié de l’Occident, affirmant que le seul critère de la compétence avait joué. Mais cela n’empêche qu’elle puisse être perçue comme telle, comme l’a souligné le Centre bahreïni des droits de l’homme. Cette association dissoute par les autorités a exprimé dans un communiqué sa crainte de voir cette nomination « attiser la haine » contre les minorités, dans un pays qui connaît une montée des revendications de la majorité chiite.

Les Nounou sont l’une des rares familles de la communauté juive, forte de quelque 500 membres dans les années 1940, qui ont résisté aux sirènes de l’émigration et aux soubresauts du conflit israélo-arabe, qui a poussé à chaque fois les juifs à quitter une terre jugée hostile.

En fait, la présence juive dans l’archipel de Bahreïn, un chapelet de 13 îles et îlots, remonte à la période antéislamique, selon l’historien Ali Jalaoui, auteur d’un ouvrage en arabe intitulé Les juifs de Bahreïn, cent ans de présence cachée. Dans un entretien avec l’AFP, M. Jalaoui donne pour preuve de cette présence la mention des juifs de Bahreïn dans la poésie arabe antéislamique. Des poèmes de cette époque évoquent notamment un marchand juif de Bahreïn du nom de Yémen qui avait une flotte marchande florissante.

Mais c’est surtout la domination ottomane sur une partie de la péninsule Arabique qui a favorisé l’implantation des juifs à Bahreïn. Ce comptoir commercial perlier avait alors attiré des juifs d’Irak et d’Iran. « Je pense qu’ils ont commencé à s’implanter à la fin du 19e siècle », ajoute cet historien en se basant sur des écrits de missionnaires chrétiens, indique M. Jalaoui. « L’âge d’or des juifs à Bahreïn s’étend de 1905 à 1948 », date de la création de l’État d’Israël, a-t-il affirmé. Leur nombre est passé de 50 au début du siècle à environ 500 dans les années 1940, dit-il en citant Charles Belgrave, conseiller britannique du gouvernement de Bahreïn de l’époque coloniale et véritable patron de l’archipel. D’autres statistiques moins crédibles attribuées à l’Agence juive parlent de 3 000 individus, mais signalent qu’il n’en restait que 400 en 1950.

Le climat d’hostilité à Bahreïn après la naissance d’Israël a poussé de nombreux juifs à quitter le pays, comme partout dans les pays arabes. Cette année a connu, selon l’historien, des attaques contre des demeures juives et contre la synagogue de Manama, la capitale. La deuxième vague d’émigration a suivi la guerre israélo-arabe de 1967. Aujourd’hui, les juifs appartiennent à des familles de grands marchands comme les Nounou, les Roubin, les Yadcar et les Khadouri. La synagogue de Manama a été récemment restaurée et les membres de la communauté juive s’intègrent sans problème et vivent en bonne intelligence avec leurs concitoyens d’autres confessions, souligne M. Jalaoui.

31 mai 2008

Source: Le Monde