Pakistan: Les talibans brûlent les écoles de filles

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Ouest-France
La population de Mingora s'inquiète des accords de paix signés entre les autorités pakistanaises et les talibans installés par la force. Ils font souffrir les femmes.
Dans la vallée du Swat, à 150 kilomètres de la capitale pakistanaise, l'éducation des filles est devenue un vrai problème. Depuis près d'un an, les talibans ont investi la région. Plus d'une dizaine d'établissements scolaires pour filles ont été incendiés ou plastiqués. Un accord de paix vient d'être passé entre le gouvernement et les militants islamistes. Les attaques meurtrières ont cessé, mais la population de la vallée se sent encore très menacée.
Aujourd'hui, Marala, écolière agée d'une dizaine d'années, redoute aussi bien les attentats des talibans que la présence de l'armée : « Quand je viens à l'école, j'ai toujours peur qu'une bombe n'explose. Quand il y a des hélicoptères de l'armée qui passent dans le ciel, j'ai peur aussi. Notre vallée était un endroit paisible, mais maintenant c'est fini. »

L'école... un tas de ruine

Mingora, ville principale de la vallée du Swat, porte toujours les traces des combats qui ont opposé l'armée aux talibans au cours de ces derniers mois. C'est justement à deux pas de l'un des immeubles détruits par une explosion que Muslim Khan, porte-parole des talibans de la vallée, accepte de parler. Dans une cave, à l'abri des regards, le taliban défend sa vision de l'éducation : « Nous ne sommes pas contre l'éducation des filles, mais nous sommes contre l'éducation mixte. Dans la société, il doit y avoir une séparation entre les hommes et les femmes. Si la société pakistanaise est pervertie, c'est justement à cause de ce mauvais système éducatif au Pakistan ».

Les talibans n'auraient donc rien contre l'éducation des filles ? Difficile à croire, quand on voit cette école brûlée à Ningolai, un petit village situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Mingora. De l'école, il ne reste qu'un tas de ruines. L'école a été attaquée le jour même où les accords de paix ont été passés entre le gouvernement et les militants. Aujourd'hui, la classe se tient sous des tentes, mais la plupart des petites filles ne viennent plus à l'école. Comme le souligne Inayat Ullah, le directeur : « Avant, on avait six classes de filles. Maintenant, regardez, il n'y a aucune fille de la classe 5, ni de la classe 6 ».

La trêve négociée par le gouvernement ne parvient pas vraiment à rassurer. Les habitants de Ningolai expliquent que les accords de paix vont renforcer le pouvoir de certains talibans qui font partie du village. Quant aux onze enseignantes, elles ont été renvoyées pour ne pas attiser la colère des militants peu favorables au travail des femmes. Myriam est, elle aussi, institutrice, mais dans le centre de Mingora. Elle refuse de céder aux menaces. « S'il n'y a plus d'enseignante, alors les parents n'autoriseront plus leurs filles à aller à l'école. C'est difficile pour nous, vraiment difficile. On n'est pas libre de vivre notre vie, pas du tout... Swat était un paradis, maintenant c'est un enfer ». En un an, l'ancienne vallée touristique a profondément changé.

Par: Nadia Bletry

4 juin 2008

Source: www.ouest-france.fr