Turquie: la justice dit "non" au voile à l'Université, coup dur pour l'AKP

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AFP
"En faisant adopter l'amendement au Parlement, l'AKP s'était défendu en faisant valoir que l'interdiction du voile, imposée après le putsch militaire de 1980, contrevenait à la liberté de conscience et au droit à l'éducation."
La Cour constitutionnelle de Turquie s'est prononcée jeudi contre le port du foulard islamique sur le campus universitaire, un verdict crucial qui pourrait préfigurer une interdiction du parti islamo-conservateur au pouvoir qui l'avait défendu malgré les critiques.
Les onze juges ont délibéré pendant près de sept heures sur une requête de l'opposition laïque et ont annulé un amendement très controversé à la loi fondamentale adoptée en février à l'Assemblée nationale, autorisant le port du foulard dans les établissements universitaires.

Selon un court communiqué émanant de la Cour, l'amendement est jugé contraire aux articles de la loi fondamentale mentionnant le caractère laïc de la République de Turquie et qui sont non amendables.

Ce jugement constitue le pire scénario pour le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir depuis 2002, qui a fait passer l'amendement en février car il pourrait préfigurer une dissolution de cette formation qui a divisé la société turque en autorisant le port du voile dans les facultés au grand dam du camps laïc.

Les mêmes juges doivent se prononcer dans les mois à venir sur une procédure séparée, celle sur une interdiction de l'AKP, au pouvoir depuis 2002, pour activités contraires à la laïcité en Turquie, pays musulman mais au régime laïc.

L'amendement sur le port du voile islamique sur les campus est l'un des principaux arguments du procureur de la Cour de cassation qui a réclamé en mars l'interdiction de l'AKP et le bannissement de politique pour cinq ans pour 71 de ses membres, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

"Ce verdict aura un impact psychologique sur la procédure d'interdiction, c'est sûr", a estimé l'analyste politique et journaliste Rusen Cakir sur la chaîne d'information NTV.

Pour ce commentateur l'AKP a "mal géré" l'affaire du foulard et s'est embourbé dans une crise politique qui pourrait le faire interdire.

En faisant adopter l'amendement au Parlement, l'AKP s'était défendu en faisant valoir que l'interdiction du voile, imposée après le putsch militaire de 1980, contrevenait à la liberté de conscience et au droit à l'éducation.

La Cour s'était déjà prononcée à deux reprises dans le passé contre le port du voile dans les universités.

L'interdiction de se couvrir la tête sur le campus avait aussi été maintenue par le Conseil d'Etat turc et la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH).

Malgré l'amendement, la grande majorité des universités ont maintenu l'interdiction, jugeant que le parlement devait adopter en outre une réglementation détaillant le code vestimentaire autorisé et excluant les symboles les plus ostentatoires d'un islam radical, comme le tchador ou la burqa.

La question du voile divise depuis plus de deux décennies la Turquie où il est interdit de le porter à l'école et dans la fonction publique.

Le foulard le plus fréquent en Turquie est le fichu traditionnel noué sous le menton et porté surtout dans les campagnes. Aux yeux de la population, ce voile incarne la Turquie profonde et traditionnelle. Porté par habitude plus que par ostentation, il exprime moins un acte politique qu'un attachement aux coutumes.

Le voile musulman, le hidjab, a une signification et une implication bien différentes, montrant une appartenance à la foi musulmane. Ce voile couvre soigneusement tous les cheveux et encadre l'ensemble de la tête.

Les partisans de la laïcité (l'armée, la magistrature et l'administration des universités) estiment que le port du voile est un défi au régime laïc en vigueur en Turquie.

5 juin 2008