Maroc: Les femmes médecins spécialistes continuent leurs manifestations contre les affectations éloignées

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Magharebia
Les femmes médecins du Maroc protestent contre un changement de politique qui leur permet d'être affectées à des postes situés dans des zones éloignées de leurs familles. Le Ministère de la Santé fait savoir qu'aucune solution ne se profile à l'horizon.
Les femmes médecins récemment affectées à des postes situés dans des zones retirées du Maroc, changement qui fait partie de la nouvelle stratégie de régionalisation du pays, refusent de retourner au travail, malgré une confrontation prolongée avec le Ministère de la Santé. Les femmes, qui ont étudié parfois pendant quatorze années à l'issue du baccalauréat, ne veulent pas être forcées de choisir entre leur travail et leur famille.
L'ancienne règle qui permettait aux jeunes diplômées mariées d'être affectées dans un rayon de cent kilomètres de leur lieu de résidence n'est plus appliquée. Elle a été remplacée par un tirage au sort qui ne prendrait aucunement compte de la situation des médecins.

Le service de communication du ministère de la santé déclare à Magharebia qu’aucune solution ne pointe à l’horizon et qu’il a été, ainsi, décidé de procéder à l’arrêt de paiement de leurs salaires à partir de ce mois de novembre. Les différents sit-in organisés devant le ministère de la Santé pour protester contre leurs affectations dans des régions éloignées de leur foyer n'ont rien changé.

La néphrologue Maha Benjelloun qui fait partie du collectif des 101 femmes médecins spécialistes déclare à Magharebia qu’elles ont déjà reçu leurs salaires du mois d’octobre et qu’elles devraient attendre la fin de ce mois pour vérifier si le ministère de la santé va passer effectivement à l’acte.

Elle affirme, par ailleurs, que quelle que soit la mesure prise par le département de tutelle, les concernées ne sont pas prêtes à céder et à sacrifier leur vie familiale. " Nous allons continuer à militer même si on coupe notre salaire. Nous n’avons pas le choix. ", dit-elle.

Le Docteur Maha habite à Casablanca et a été affecté à Oujda, à 700 km de chez elle. Elle a deux enfants : un garçon de neuf ans et une fille de trois ans. Elle a déjà travaillé pendant cinq ans dans une périphérie à 30 km de Khouribga. Elle affirme qu’elle n’est pas prête à s’éloigner encore une fois de sa famille.

Son histoire ressemble à celle du Docteur Nadia El Attar, spécialiste en médecine interne. Elle était déjà séparée de son mari et ses enfants vivant à Oujda au cours de ses études à Rabat. Elle se trouve affectée à Laâyoune à 2000 km de son foyer conjugal.

" J’ai certes une mission humaine auprès de mes patients mais je dois aussi assurer mon devoir de mère auprès de mes deux filles : Manar, 4 ans et Nour 4 mois. ", dit-elle, les larmes aux yeux.

Pour le ministère de la Santé, il est essentiel d'harmoniser l'accès aux soins dans les différentes régions du Maroc afin de combler les déficits enregistrés Aussi, le fait d’être une femme médecin ne doit-il pas être une raison invoquée pour refuser ces postes.

La ministre de la Sante Yasmina Baddou a déclaré que les femmes médecins pourront faire valoir leur droit au mouvement de mutation après un an d'exercice ajoutant qu'outre le droit à la mutation au bout d'un an de travail, elles bénéficieront d'une ancienneté de deux à trois ans . La ministre a relevé que 50 femmes médecins mariées de la promotion 2007 ont regagné leurs postes dans des villes reculées.

Pour le collectif, ce sont des femmes mariées ayant pu obtenir par le tirage au sort des postes respectant le périmètre de 100 Km autour de leurs foyers, quand elles n’ont pas été carrément affectées dans les villes-mêmes où se trouvent leurs maris.

" Certaines ont des époux dont la profession leur permet de rejoindre leurs femmes dans le lieu d’affectation choisi", dit une des manifestantes. " Enfin, un très faible nombre ont été dans l’obligation d’abandonner époux et enfants pour des raisons purement matérielles par peur de la coupure de salaire (crédits immobiliers à rembourser)…Elles sont pour la plupart dans un état psychologique dramatique et parfois en dépression. "

Le collectif dénonce le critère de " gémellité de descendance ". On a réaffecté trois femmes du collectif sous prétexte qu’elles sont toutes les trois mères de jumeaux de moins de 18 mois.

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat – 10/11/08