Maroc: Le Maroc lève les réserves à la CEDEF

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Magharebia / ADFM
Le mouvement féministe a accueilli favorablement la volonté du Maroc de lever ses réserves concernant la Convention internationale sur l'Elimination de toutes les formes de Discrimination Envers les Femmes.
Le Maroc a levé ses réserves relatives à la Convention internationale sur l'Elimination de toutes les formes de Discrimination Envers les Femmes (CEDEF), a annoncé le Roi Mohammed VI lors d'un discours, mercredi 10 décembre, à l'occasion du soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.
"Nos réserves", a déclaré le souverain, "sont devenues caduques du fait des législations avancées qui ont été adoptées par notre pays."

Cette décision, attendue depuis longtemps, a suscité l'approbation de la société civile ; le mouvement des femmes avait demandé à de multiples reprises aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour faire appliquer cette convention au Maroc.

Malika Benradi, professeur et chercheur, a souligné que le Maroc avait ratifié cette convention en 1993 avec des réserves, refusant de mettre en application toute clause contraire à la législation nationale ou à la loi islamique. Ainsi, elle a rappelé que l'Article 9 traite du droit de la mère à transmettre sa nationalité à ses enfants, une forme de discrimination que le Maroc avait abandonnée en 2007.

L'Article 16 stipule pour sa part que les droits et les obligations au moment, pendant et après la dissolution du mariage sont basés sur le principe de l’égalité entre conjoints. Or, aux termes de la loi marocaine, il n'existe pas de véritable égalité entre eux en termes de soutien au ménage, qui relève uniquement des obligations de l'époux. Mme Benradi souligne que "la levée de ces réserves favorise le progrès, mais fait déjà l'objet de débats, en particulier en ce qui concerne des questions religieuses comme l'héritage."

Mme Nouzha Skalli, ministre du Développement Social, de la Famille et de la Solidarité, a fait part de sa satisfaction après le message du Roi. Pour elle, cette levée des réserves confirme la volonté du Maroc d'aller de l'avant en matière de droits des femmes. Elle a ajouté que "cette levée de réserves est accompagnée par d’autres projets qui confirment que le Maroc est sur la bonne voie de l’Etat de droit".

L'Organisation Marocaine des Droits de l'Homme s'est également félicitée de cette mesure. "Il faut mettre en place des mécanismes pour la mise en œuvre de cette convention internationale", a affirmé sa présidente Amina Bouayache, ajoutant que "le Maroc est devant une nouvelle conjoncture qui nécessite d’autres initiatives, principalement la réforme constitutionnelle et la législation en matière d’égalité des droits civils ainsi que d’autres mécanismes ayant trait à l’égalité entre les deux sexes."

Khadija Riyadi, la présidente de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme, a pour sa part indiqué que "le Code de la famille doit être révisé, en particulier les articles ancrant la discrimination à l’égard des femmes, notamment en matière de mariage avec des étrangers, sur la question de la tutelle légale accordée toujours au père, de l’héritage et de la polygamie".

La présidente de l'Union de l'Action Féminine, Nezha Alaoui, a souligné qu'en levant ses réserves, le Maroc "a levé toutes les barrières qui entravent la consécration de l'égalité pleine et entière entre l'homme et la femme dans les domaines des droits économiques, sociaux et politiques."

La présidente de la Ligue Démocratique des Droits des Femmes, Fouzia Assouli, a affirmé qu’il s’agit d’une "révolution en douceur pour la consécration du principe de l'égalité entre l'homme et la femme, un principe pour lequel le mouvement féminin a lutté depuis des années."

Mais certains font déjà part de leur désaccord. Mustapha Ramid, chef du groupe parlementaire du Parti pour la Justice et le Développement, a déclaré que les questions qui relèvent de la loi islamique ne peuvent pas être remplacées. "On ne peut pas lever toutes les réserves au point que l’égalité soit totale, car cette question est régie par la charia."

17 decembre 2008

Par Sarah Touahri pour Magharebia à Rabat

Source: Magharebia