Tunisie: Un colloque en Tunisie discute des limites à l'interprétation des textes religieux

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Magharebia
La Tunisie a organisé vendredi dernier un colloque sur les dangers de l'interprétation des textes religieux dans la société moderne.
Des experts en études islamiques ont débattu des limites de l'interprétation coranique, lors d'un colloque organisé par le Forum du Progrès du Parti de l'Unité Populaire, vendredi 12 décembre à Tunis.
Olfa Youssef, une spécialiste des affaires islamiques, a demandé aux intellectuels musulmans et à ceux qui édictent des fatwas s'ils disposaient de réponses précises sur la signification du Saint Coran. "Personne ne peut prétendre posséder la vérité en matière d'interprétation du Coran", a-t-elle affirmé.

Le texte du Coran, a expliqué Mme Youssef, est sujet à des interprétations qui reflètent l'inclinaison et les idées du lecteur, soulignant que les versets sont interprétés par les érudits chiites d'une manière totalement différentes de celle des érudits sunnites.

"Il existe de nombreux points de désaccord sur l'application des punitions", a-t-elle indiqué, comme par exemple en cas d'adultère et de nushuz (violation des devoirs matrimoniaux) par les femmes. Il en va de même pour le châtiment pour vol ; de nombreux pays choisissent d'envoyer les auteurs en prison plutôt que de les amputer de la main.

"Cela signifie-t-il que ces pays n'appliquent pas la charia ? Tous les pays musulmans revendiquent l'application de la loi islamique, mais si nous observons attentivement, nous ne trouvons pas deux pays qui l'appliquent de la même manière."

Mme Youssef a souligné également que l'esclavage est interdit dans la législation des pays qui affirment appliquer la charia, bien que ni le Coran ni la Souna ne l'interdise.

"Pourquoi alors", s'est-elle interrogée, "cette sorte d'ijtihad n'est-elle pas appliquée à d'autres domaines, comme l'exécution et l'héritage ?"

Dieu et la religion devraient être exclus des conflits, a ajouté Mme Youssef, appelant les intellectuels à lutter contre les tentatives de propagation de fausses idées.

"Nous affirmons qu'il existe une signification ultime des textes religieux, [mais] rien n'est appelé 'vérité', et il n'existe pas une seule loi islamique", a conclu Mme Youssef. Les différences dans l'interprétation du Coran ne sont pas nouvelles, a expliqué Belgacem Hacen, inspecteur général au ministère tunisien de l'Education. "Cela remonte à la fondation de l'Etat musulman. A cette époque, les jurisprudents et les Compagnons divergeaient déjà sur l'interprétation du texte religieux."

Sami Brahem, chercheur en études islamiques, a repris les conclusion d'Olfa Youssef, pour affirmer : "Le refus de reconnaître des significations multiples aux textes coraniques crée une véritable dictature."

"Il n'existe aucune 'interprétation correcte' ni aucune 'mauvaise interprétation'", a-t-il expliqué. "Nous devons laïciser notre savoir religieux ; c'est une demande qui émane de la plupart des élites. Cette sécularisation est perçue comme signifiant la séparation de la religion et de l'Etat, alors que le but principal est d'établir une distinction entre savoir et sacralisation."

L'universitaire Adel Haj Salem réfute toutefois de telles questions au XXIème siècle. "Est-il besoin de revenir au texte religieux, alors que le monde d'aujourd'hui est gouverné par des lois et des législations qui sont la crème de la réflexion humaine ?", a-t-il demandé. "N'est-il pas ridicule aujourd'hui de parler de couper la main d'un voleur ?"

Précisant que le budget du ministère des Affaires Religieuses en Tunisie est égal aux budgets cumulés de neuf autres ministères, il a appelé les autorités à "ne pas interférer dans les affaires de la religion et de la laisser aux religieux".

Zied Krichen, spécialiste en questions islamiques et rédacteur en chef de l'hebdomadaire al-Haqaiq, a parlé d'un conflit sur ce point des institutions religieuses d'Etat. "Il n'est pas raisonnable de confier les affaires religieuses à une seule personne", a-t-il déclaré. "Aucun Etat ne peut se débarrasser ainsi des affaires religieuses."

"Les intellectuels ne sont pas tenus d'accepter ce que les gens du passé avaient accepté, leur véritable rôle est de réfléchir et de discuter", a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, M. Krichen s'est dit partisan de la mise en place d'une politique religieuse d'Etat "rationnelle", pour "forcer l'institution religieuse à renoncer aux vieilles interprétations".

Il a souligné qu'aucune modernisation religieuse ne peut se produire dans un seul pays, et que la Tunisie, avec ses dix millions d'habitants, ne pourra imposer ses réformes à 1,5 milliard de Musulmans.

Par: Jamel Arfaoui

17 decembre 2008

Source: Magharebia