Afrique: Les femmes musulmanes défendent leurs droits politiques

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Le Matin
En Afrique, les femmes ne constituent que 9% des parlementaires contre une moyenne internationale de 13,4%.
Les femmes musulmanes d'Afrique viennent de lancer à Bamako un réseau pour améliorer leur statut et renforcer leur participation dans le processus de décision politique. Elles ont de ce fait peu de possibilités de participer, d'influencer ou de déterminer les orientations politiques, économiques ou sociales de leurs pays, selon le programme des Nations unies pour le développement (Pnud).
Pour le Pnud, qui a piloté la mise en place de cette structure conformément aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ce réseau n'a pas de vocation confessionnelle, même s'il met en liaison uniquement des femmes musulmanes.

«Ce réseau n'a pas de vocation confessionnelle, mais se justifie essentiellement par les situations spécifiques vécues par les femmes musulmanes, liées à leur culture et leur religion et qui exige une résolution à travers des solutions spécifiques qu'un tel réseau peut apporter», affirme Mme Coumba Mar Gadio, conseillère régionale du genre au Pnud à Dakar.

Pour les participants au lancement de ce réseau, le développement socio-économique d'une nation dépend largement du degré de participation des femmes au processus de décision politique.

«Selon la place que les femmes occupent dans la société, selon les droits que cette société leur reconnaît et surtout respecte et fait respecter, les chances de développement de cette société sont grandies ou amoindries», ajoute Mme Gadio, épouse du ministre sénégalais des Affaires étrangères.

Ce réseau vise en effet à offrir à ces femmes dont la vie, les droits humains et le statut sont façonnés par la religion et les valeurs musulmanes, d'échanger leurs expériences concernant leur participation à la vie politique.

Il permettra aussi à ces femmes d'évoquer leurs difficultés et de bénéficier d'un savoir commun à même de les aider à adopter les meilleures pratiques en leur ouvrant de nouvelles perspectives dans le processus de prise de décision dans leurs pays.

Au Maroc, la mise en place de ce réseau est vue comme un moyen d'accompagner la lutte des associations féminines pour une meilleure représentativité aux niveaux national et local.

«Ce réseau va compléter et consolider l'action des associations féminines pour renforcer la présence des femmes au sein des collectivités locales, où elles ne représentent actuellement que 0,58% des élus», a déclaré à la MAP Mme Naima Ouchareb, conseillère du ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité.

Selon Mme Oucahreb, qui a été élue membre du comité de démarrage de ce réseau, «la participation des femmes à la gestion de la chose locale est un grand défi pour assurer l'égalité des sexes et atteindre les objectifs du millénaire pour le développement».

En Afrique du nord, le Pnud salue les progrès enregistrés par certains pays comme le Maroc en matière de promotion de la participation des femmes aux postes de décision, mais déplore que le taux de représentation des femmes au niveau des assemblées parlementaires dans cette région est l'un des plus faibles au monde, avec environ 10,11%.

Dans le reste de l'Afrique, l'exemple du Rwanda est salué par le Pnud, puisque ce pays, avec près de 50%, se situe au premier rang mondial au niveau du pourcentage de la représentativité des femmes au Parlement.

Même s'il a permis d'augmenter le nombre de femmes au Parlement dans certains pays africains, le système des quotas est jugé insuffisant car les lois et les partis politiques lient les mains des femmes parlementaires.

«Ces quotas peuvent constituer un plafond de verre qui bride la progression politique des femmes, qui risquent par ailleurs d'être perçues comme n'ayant aucun mérite politique», selon le Pnud.

Le réseau est donc censé donner suffisamment d'autorité aux femmes musulmanes d'Afrique pour faire pression sur les institutions en vue d'améliorer leur participation politique, pour que les pratiques de gouvernance soient démocratiques et basées sur l'égalité des sexes, et pour une réforme des législations à même d'assurer une protection juridique égale aux femmes.

02 decembre 2008

Source : Le Matin via AWID