Macédoine : La liberté religieuse, le foulard et du droit à l’éducation

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BIRN
La loi n’interdit pas formellement le port d’insigne religieux dans les écoles.
Une jeune fille qui souhaite porter le foulard islamique en classe a réussi à créer de vives tensions à Tetovo entre les autorités éducatives, les élus locaux et les enseignants qui s’affrontent sur la question de la liberté religieuse et du droit à l’éducation.
La jeune fille, qui fréquente un établissement secondaire à Tetovo, une ville majoritairement peuplée d’Albanais, insiste pour porter le foulard islamique sur son uniforme scolaire. Après plusieurs avertissements, Ljatif Ismaili, le directeur de l’établissement, lui a interdit l’entrée de la classe jusqu’à ce qu’elle enlève son foulard pendant les heures de cours.

La jeune fille s’est plainte auprès du maire de la ville, Hazli Lika qui a renvoyé le directeur.

Mais, après examen de cette affaire, l’Inspection générale de l’éducation a ordonné la réintégration immédiate du directeur à son poste, déclarant qu’il avait agi en accord avec le règlement de l’établissement, approuvé par l’association des parents d’élèves, qui interdit tout port d’insigne religieux ou national dans l’enceinte des locaux.

« Si le maire n’obtempère pas, nous lui retirons sa compétence de nommination ou de révocation des chefs d’établissement » a déclaré le chef de l’Inspection, Robert Gorgiev au quotidien Vreme.

Tetovo et ses environs ont été le théâtre d’une insurrection de la minorité albanaise en 2001 et les relations entre les communautés restent fragiles. La grande majorité des Macédoniens sont des chrétiens de confession orthodoxe, alors que la population albanaise, qui compte pour 25% de la population totale du pays, est majoritairement musulmane et pratique avec beaucoup plus de ferveur que les voisins albanais du Kosovo et même d’Albanie très souvent laïcs.

L’Inspection générale de l’éducation a admis que la loi n’interdit pas formellement le port d’insigne religieux dans les écoles. Cependant, ajoute t-elle, comme les élèves de cet établissement viennent de différentes communautés ethniques et religieuses, le directeur avait pensé qu’un port ostentatoire de signes religieux pouvait porter atteinte à la cohésion de la communauté scolaire et il avait agi en conformité avec le règlement que les parents avaient approuvé.

Le chef du département pour l’éducation religieuse de la communauté islamique de Macédoine, Jakup Selimovski, désapprouve la décision de l’Inspection au prétexte que le règlement de l’école ne peut passer au-dessus de la loi de l’État sur la liberté religieuse et le droit à l’éducation.

« Le foulard est un signe religieux. Une femme musulmane est obligée de couvrir sa tête et personne ne peut aller contre le droit à l’éducation d’une fille musulmane à cause de ce foulard ».

La constitution de la Macédoine fait de ce pays un pays laïc, où l’Église et l’État sont strictement séparés. Le gouvernement dirigé par le parti VMRO DPMNE a introduit l’éducation religieuse à l’école primaire ces dernières années, suscitant ainsi la polémique et s’attirant de vives critiques de la part des partis d’opposition et de plusieurs organisations de la société civile.

Le droit des femmes musulmanes à porter le foulard islamique est le sujet d’un vif débat dans beaucoup de pays européens avec une forte minorité musulmane, ainsi qu’en Turquie ou l’état est laïc mais où une grande partie de la population musulmane est pratiquante. En France, par exemple, l’accent est mis sur la laïcité et le port du foulard est interdit dans les institutions de l’État.

04 février 2009

Traduit par Jacqueline Dérens