Mauritanie: Maalouma Mint El Meydah

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Magharebia
Une Mauritanienne reconnue et acclamée au niveau mondial, Maalouma s'inscrit en faux contre ceux qui estiment que le chant n'est pas conforme à l'Islam.
La sénatrice mauritanienne Maalouma Mint El Meydah est une star sur la scène musicale mondiale. Elle s'est entretenue avec Magharebia de sa vie d'artiste, de responsable politique et d'ambassadrice de la paix et de la tolérance religieuse. Maalouma Mint El Meydah, membre du Sénat mauritanien, est par ailleurs de plus en plus connue au niveau international en tant qu'ambassadrice de l'art mauritanien.
Sa voix douce traduit les aspirations et les préoccupations de sa patrie désertique et les fait connaître d'un public de plus en plus nombreux aux quatre coins du monde. Elle s'est récemment produite au Kennedy Centre de Washington, DC, devant un large public très amateur de ses compositions prônant l'unité du monde. Magharebia s'est entretenu avec cette célèbre star de sa carrière politique, de sa visite aux Etats-Unis et du message que véhicule sa musique.

Magharebia: Quel a été l'objet de votre récente visite aux Etats-Unis ?

Maalouma: J'ai été invitée par le Kennedy Centre, l'une des plus grandes scènes culturelles américaines, à représenter la Mauritanie lors de l'un des plus importants festivals internationaux aux Etats-Unis. Ce fut un immense concert, devant un immense public. J'avais été retenue par le comité d'organisation de ce festival comme une artiste mondiale chantant en arabe.

La Mauritanie était auparavant classée dans la catégorie "Musique africaine". Notre ajout sur la carte de la musique mondiale est récent. En d'autres termes, j'ai pu obtenir un siège aux premières loges dans le monde de la musique arabe, ce qui m'a value d'être invitée à des spectacles de portée internationale.

Magharebia: Comment votre spectacle a-t-il été perçu ?

Maalouma: Le public très nombreux a pu passer une agréable soirée, à un point tel qu'il n'y avait plus aucune place de libre. La confiance en moi que m'a donnée le public m'a permis de me sentir fière et honorée, plus puissante que jamais. Il est très difficile de décrire ces moments-là.

Magharebia: C'était votre troisième visite aux Etats-Unis. Que pensez-vous de l'Amérique ?

Maalouma: La société américaine est très agréable, civilisée, réaliste et respectueuse des étrangers. C'est la raison pour laquelle je l'apprécie énormément. Honnêtement, les Etats-Unis impressionnent tous les visiteurs, notamment la première fois. Tout est grand : les immeubles, les voitures, la nourriture, les vêtements. Mais tout est harmonieux. Lorsque vous partez vous promener, vous voyez que les constructions préservent la nature. Elle est magnifique. Cela relève du génie. La ville ne perturbe pas la nature. L'harmonie continue de tout régir, et l'harmonie, c'est la beauté.

Ce qui m'a le plus impressionnée, c'est l'ingénuité musicale américaine. L'harmonie que l'on peut observer dans les constructions et dans la nature se retrouve dans l'art. Les chansons américaines sont bien construites, et s'appuient sur des techniques magnifiques, ce qui leur vaut d'atteindre des sommets. Sur un plan personnel, j'admire les Américains pour leur créativité et leurs goûts musicaux très raffinés.

Magharebia: Quels conseils donneriez-vous aux artistes amateurs ?

Maalouma: L'art n'est pas une chose qui se transmet. L'art reflète les capacités personnelles que l'on a en soi.

Je me rappelle les sacrifices consentis et les souffrances que j'ai dû endurer, que peu de personnes connaissent. Rien n'a été facile. J'ai assumé les rôles de poète, de compositrice et de parolière. Ce faisant, mon seul but était de faire connaître la musique mauritanienne dans le monde. J'étais résolue à y parvenir par tous les moyens.

Je voudrais également souligner que l'Etat a un rôle à jouer en la matière. Si l'Etat ne fait pas son travail, et si un artiste est à court de moyens financiers, ce n'est pas à l'artiste qu'il faut s'en prendre.

Magharebia: Vous êtes aujourd'hui sénatrice, responsable politique et artiste. Vous êtes également issue d'une famille célèbre. Comment avez-vous réussi à concilier art et politique ? Existe-t-il un conflit entre les deux ?

Maalouma: Je ne pense pas, parce que la nature humaine est diverse, basée sur des émotions telles que la colère, la tristesse et l'amour. En tant qu'être humain, je les connais et tente de les exprimer. Après tout, un artiste est un être humain qui connaît plusieurs états d'esprit et cherche la manière de les exprimer.

Certains peuvent avoir des ambitions en politique, ainsi que des sentiments hyper développés qu'ils aspirent à évacuer par le biais de l'art. J'ai grandi dans un environnement particulier. Mon père était également très actif sur la scène culturelle et politique. De ce fait, j'ai ressenti, alors que je n'étais encore qu'une jeune fille, la douleur de la ségrégation raciale qui se manifestait autour de moi. Nous ne pouvons pas changer le cours de l'Histoire, mais nous pouvons apprendre d'elle. Pour résumer, on peut dire que mes idées et aspirations politiques trouvent leur origine dans la maison où j'ai grandi.

Magharebia: Pensez-vous que la musique peut aider à unifier les cultures et à surmonter les différends entre les nations ?

Maalouma: Je crois que la musique est le seul langage universel susceptible de rassembler l'humanité. C'est le langage de l'âme qui permet de délivrer un message bénéfique pour chacun : la paix et la sécurité. Elle peut aussi être utilisée pour véhiculer un message de haine et d'agression. Je crois que l'élite mondiale peut changer les mentalités et les purifier si elle le souhaite.

La musique peut changer les mentalité et les idées, et éduquer les sociétés. C'est un outil culturel, tout comme le cinéma. Nous avons tous vu comment la Star Academy a fait évoluer les mentalités dans les Etats arabes, dans le Golfe en particulier. Jadis, il était inacceptable d'envoyer des filles vivre dans une maison avec des garçons qu'elles ne connaissaient pas. C'est aujourd'hui acceptable, alors qu'il y a quelques années, cela aurait été purement impensable. C'est l'illustration même de l'impact de l'art et des médias.

Magharebia: Que répondez-vous à ceux qui voient un conflit entre votre art et votre religion ?

Maalouma: J'ai été élevée dans le respect des véritables valeurs musulmanes, comme les visites aux voisins et l'attention à leur porter, le fait d'être gentil envers ses parents et respectueux des anciens. J'aime ces traditions et j'en suis fière. Tout ce qui a tendance à opprimer les autres m'est insupportable. De même, je ne peux pardonner la ségrégation raciale en termes de maîtres et d'escaves. La religion ne peut être responsable de cela.

Certains estiment que chanter est contraire aux lois, que rire est mauvais et que la vie est un théâtre de rigidité. Cela a défiguré l'image de la religion aux yeux des autres et les a effrayés. Mais à la vérité, ces motifs sont condamnables, injustifiables et n'ont rien à voir avec l'Islam. Ce qui est non valable est précisé clairement dans le Saint Coran et la tradition du Prophète. Nous devons repenser notre culture, car la créativité a besoin de la liberté pour s'épanouir.

01 mai 2009

Par Mohamed Yahya Ould Abdel Wedoud

Source : Magharebia