France: Burqa en débat

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Le Monde
Le président de la République a en effet jugé que la burqa "n'est pas un problème religieux. C'est un problème de liberté et de dignité de la femme.
Cinq ans après les débats passionnés sur le port du voile islamique à l'école et l'adoption d'une loi interdisant le port de tout signe religieux ostentatoire, la polémique rebondit aujourd'hui à propos du port du voile intégral - burqa ou niqab - par des femmes musulmanes. Lancée à la mi-juin par le député et maire (PCF) de Vénissieux, André Gérin, elle vient d'être relayée de façon spectaculaire par Nicolas Sarkozy.
Dans son discours devant le Congrès, le 22 juin, le président de la République a en effet jugé que la burqa "n'est pas un problème religieux. C'est un problème de liberté et de dignité de la femme. C'est un signe d'asservissement. Ce n'est pas l'idée que nous nous faisons de la dignité de la femme. Je veux le dire solennellement : la burqa n'est pas la bienvenue sur le territoire de la République française".

L'on a assez contesté, ici même, les ambivalences du chef de l'Etat sur la laïcité, notamment lors de son discours au Latran en décembre 2007, pour ne pas saluer la netteté de son propos. Adopté par les franges les plus conservatrices des sociétés musulmanes dans le monde - et par quelques milliers de femmes en France, semble-t-il -, le port du voile intégral ne peut se prévaloir d'aucune justification, ni du Coran ni de la tradition. La dissimulation radicale du corps féminin dans l'espace public soulève donc bien un problème d'égalité, de liberté et de dignité de la femme.

Mais ce constat posé - et justement posé -, que faire ? Le chef de l'Etat a prudemment demandé au Parlement de répondre à la question. Et en décidant, le 25 juin, de créer une mission d'information sur le sujet qui aura au moins six mois pour proposer un rapport, l'Assemblée nationale s'est, non moins prudemment, donné le temps de la réflexion. Sans s'enfermer, a priori, dans l'hypothèse d'une loi.

Prohiber par la loi le port de la burqa ou du niqab soulèverait, en effet, deux questions plus qu'épineuses. D'une part, au nom de quel argument ou de quel principe interdire à des femmes majeures une tenue vestimentaire, quelle qu'elle soit, dans l'espace public, sauf à confondre le législateur français avec une assemblée d'oulémas ? Ce qui a été décidé pour les établissements scolaires, précisément parce qu'il s'agissait des jeunes et de l'école, trouve, là, sa limite. D'autre part, sauf à imaginer une détestable ou ridicule police des moeurs, comment appliquer une telle interdiction, si le choix en était fait ? Beaucoup plaident avec énergie pour un islam moderne et tolérant. Ils ont raison. Il faut convaincre plutôt que légiférer.

26 juin 2009

Source : Le Monde