Mali: Sira Diop : « Le fondamentalisme religieux est entrain d'envahir le Mali ! »

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Journal du Mali
Militante de la première heure, ex-présidente de l’Union Nationale des femmes du Mali, Sira Diop est pour l’adoption du nouveau code de la famille. Entretien.
Elle est connue de tous les maliens. Féministe engagée depuis des années, première femme à avoir obtenu le bac au Mali, Sira Diop est admirée de tous. Enseignante de formation, ex élève de l’école de Rufisque de Dakar, elle a tout récemment été récompensée du Prix RAFAO des femmes d'Afrique de l'Ouest. Après avoir été la présidente de l’Union Nationale des femmes du Mali, elle a continué le combat en faveur de l’émancipation des femmes, à travers diverses actions, aussi bien au sein d’ONG comme le groupe SOS villages d’enfants ou des organisations internationales comme l’Unesco.
A 80 ans passée, elle n’a pas la langue de bois et s’indigne de la réaction des religieux face au vote du nouveau code de la famille :

JDM : Que pensez-vous de la polémique autour du code de la famille sur le « devoir d’obéissance de la femme envers son mari » ?

Sira DIOP : Vous savez, c’est du au fait traditionnel. Dans le temps, le devoir d’obéissance répondait à une affaire de tradition, surtout dans les milieux bambaras. Et pourtant les sociétés étaient matriarcales et les femmes étaient presqu’à égalité avec les hommes. Souvent la notion d’égalité des sexes avait une incidence directe sur l’héritage. Et aujourd’hui c’est ce que ne veulent pas les « anti-code ». Du fait que cette obéissance ait été enlevée par la laïcité et soumis à des impératifs internationaux, cela pose un problème aux gens profondément ancrés dans la tradition.

JDM : Ce nouveau code de la famille constitue t-il une réelle avancée pour les femmes ?

Sira DIOP : Oui indéniablement. Parce que les femmes vont mieux connaître leurs droits et avantages. Mais pour les femmes analphabètes, qui sont soumises à leurs maris, on peut comprendre leurs réactions, vis-à-vis de ce texte. Or celui-ci s’il doit être promulgué, poussera les femmes à davantage s’émanciper et à prendre en main leur destin. Par exemple, le code stipule aujourd’hui la séparation des biens entre conjoints en cas de monogamie, c’est une forme d’avancée. Avant, tout ce que la femme gagnait appartenait à son mari ! Si un homme avait une dette envers sa femme, celle-ci était automatiquement annulée du fait de la coutume et si c’était l’inverse, la femme restait redevable à son mari. Ces situations liées à la tradition, minimisait le statut de la femme. Dons ce code constitue une avancée pour les femmes, même si le changement des mentalités est très long à opérer…

JDM : Sur la succession, l’enfant naturel doit-il hériter au même titre que l’enfant légitime ?

Sira DIOP : Il faut d’abord penser à la protection de l’enfant. Or si on prend l’exemple de l’adoption-filiation, un homme pouvait prendre un enfant sous son toit, l’élever mais à sa mort, cet enfant n’héritait pas, car si l’un des membres de la famille se levait pour contester selon les règles de la coutume, l’enfant n’héritait pas. Or si un homme a reconnu un enfant, l’a élevé et donné son nom, il doit hériter ! Or les religieux ne sont pas d’accord avec ça. Alors, l’enfant naturel qui n’a de parent que sa mère, est seul et sans protection. C’est d’abord une affaire morale. Mais j’ai l’impression que le Mali est un pays qui entrain d’être envahi par le fondamentalisme religieux, venu des pays arabes !

JDM : Pensez-vous que ce code va être promulgué, après la deuxième lecture proposée par le chef de l’état ?

Sira DIOP : Il faut que ce code passe, parce qu’il y des options dedans. Nous les femmes, nous avons lutté pour ce code depuis les années 50. Depuis le congrès des femmes de l’ouest africain, nous avons participé à l’élaboration de ce projet de code. J’ai moi-même présenté un document au président de l’Assemblée Nationale à l’époque. Le Mali n’est pas une république islamique ! Je suis pour l’adoption de ce code, qui va permettre à toutes les communautés de se trouver sous une loi commune.

27 août 2009

Par Mame Diarra DIOP

Source : Journal du Mali