Mali: Besoin de « voir la réalité en face » dans les amendements au code de la famille

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IRIN

Les époux peuvent avoir des domiciles séparés, mais seulement avec l’accord du mari. Une femme divorcée peut garder le nom de son ex-mari – s’il est d’accord. Une jeune fille doit avoir le droit de se marier à partir de 15 ans. Ces dispositions, ainsi qu’une dizaine d’autres, sont les changements que le Haut conseil islamique du Mali propose d’apporter au code de la famille, malgré le blocage provoqué en août dernier par la forte opposition de certains leaders musulmans.

Les efforts législatifs visant à mettre à jour un code de la famille rédigé il y a plusieurs décennies ont suscité les protestations, dans tout le pays, d’associations musulmanes selon lesquelles le nouveau code menacerait les valeurs religieuses.

« Sans cette précision, c’est la voie ouverte à la débauche », a dit à IRIN Mamadou Diamouténé, responsable du groupe chargé, au sein du Conseil, de proposer des modifications à apporter au code de la famille. D’après lui, la loi coranique autorise certes les époux à garder des domiciles séparés, mais cela ne signifie «  pas que [la femme] se lève pour aller s’installer là où elle veut sans l’accord du mari parce que n’oublions pas que c’est l’homme le chef de famille ».


Cependant, Bakary Togola, professeur et membre de l’Association malienne des droits de l’homme, a dit à IRIN que les membres du Conseil qui faisaient pression pour les amendements devaient voir la réalité en face. « Le monde évolue tous les jours, il faut évoluer avec... Des pays dans le monde sont en train de voter des lois pour autoriser le mariage homosexuel et au même moment nous, nos musulmans remuent ciel et terre pour des détails qui n’en valent pas vraiment la peine».

Ces amendements risquent de pousser les gens à l’extrémisme, a dit Rokia Traoré Sanogo, une femme de ménage musulmane. « Ici au Mali, tout le monde n’est pas musulman… Ils [le Haut conseil islamique] agissent comme si le Mali était un Etat islamique. A ce rythme, ils vont bientôt demander que la Charia soit imposée ».

L’article 291 dispose actuellement que les mariages doivent être célébrés publiquement devant un officier de l’état civil gouvernemental, ce à quoi le Conseil islamique veut ajouter « devant les chefs religieux et coutumiers ». M. Diamouténé a dit qu’autrement, ce serait « comme si on foulait aux pieds les mariages religieux et coutumiers ».

L’article 311 du projet actuel met les époux sur un pied d’égalité. « Les époux se doivent mutuellement fidélité, protection, secours et assistance. Ils s’obligent à la communauté de vie sur la base de l’affection et du respect ». Le Conseil veut ajouter : « La femme doit obéissance à son mari ».

Le Conseil propose d’amender les articles portant sur l’héritage, le mariage, l’adoption et les responsabilités familiales, qui sont au cœur des valeurs sociales et religieuses maliennes, d’après M. Diamouténé, du Conseil.

Vote en avril

Le Parlement avance plus prudemment cette fois pour tenter d’adopter une nouvelle loi sur la famille. « On se rappelle que les associations musulmanes, sous la conduite du HCI, avaient déclenché des manifestations sans précédent sur toute l’étendue du territoire national pour le retrait du document jugé blasphématoire », a dit à IRIN Dioncounda Traoré, président de l’Assemblée nationale.

Deux législateurs, dont un est un chef religieux, sont chargés de réconcilier les amendements proposés, le projet de code et le code existant, et présenteront leur travail au Parlement pour approbation en avril.

Badra Alou Macalou, analyste politique et professeur à l’Université de Bamako, a dit à IRIN que les législateurs espéraient parvenir à un consensus sur les articles contestés. «Le président de l’Assemblée... a été clair en disant que les députés ne vont jamais adopter un texte qui affectera davantage le climat social. Je crois qu’en avril si le code n’est pas voté et adopté par faute de consensus, il sera tout simplement rangé dans les tiroirs ».

Mme Sanogo, employée de maison, ne croit pas vraiment à des changements significatifs, même si le code est adopté. « En tout cas, que ce code soit adopté ou pas, ça m’importe peu car on sait qu’au Mali les lois ne sont pas appliquées ».

BAMAKO, 1 mars 2010