Russie: Une des kamikazes était une adolescente

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Le Monde

Son visage paraîtrait innocent, avec ses lèvres boudeuses, ses joues roses, l'air juvénile, si les clichés où elle apparaît ne la montraient brandissant crânement un pistolet ou une grenade : à 17 ans, elle fut probablement l'une des deux kamikazes du métro de Moscou. "Il a été établi à quasiment 100 % que c'est bien elle qui a commis l'acte terroriste", a indiqué, vendredi 2 avril, à l'agence Interfax une source des forces de l'ordre au Daguestan, région pauvre et reculée du Caucase du Nord, dont la jeune fille était originaire.

Selon les premiers éléments de l'enquête, Djennet Abdourakhmanova aurait tué une vingtaine de personnes en actionnant les explosifs qu'elle portait dissimulés autour de la taille dans la station de métro Loubianka lundi matin, rapporte vendredi le quotidien Kommersant. Son identité a pu être établie bien que seule sa tête soit demeurée intacte après l'explosion. Djennet – dont le prénom est dérivé de l'arabe "jannat" signifiant "paradis" – était originaire du village daguestanais de Kostek, célèbre localement pour ses championnats de lutte, souligne le journal.

Les autorités ont également établi que Djennet était la veuve – depuis à peine trois mois – d'un proche de l'"émir du Caucase", le chef rebelle islamiste qui a revendiqué cette semaine les deux attentats et promis de nouvelles frappes contre la population civile russe. L'époux de Djennet, qui apparaît également sur certaines des photographies rendues publiques vendredi, était Oumalat Magomedov, alias "Al-Bara", aussi surnommé l'"émir du Daguestan". Il avait été abattu le 31 décembre 2009 à Khassaviourt, dans l'ouest du Daguestan, lors d'un échange de tirs avec la police.

"NOUS NOUS VERRONS AU CIEL"

Les deux jeunes gens s'étaient rencontrés via Internet lorsque la jeune fille n'était encore âgée que de 16 ans. Magomedov, après l'avoir rencontrée, l'aurait emmenée chez lui quasiment de force, selon Kommersant. Internet est un mode de recrutement usuel des extrémistes wahhabites dans le Caucase. Selon une source policière citée par le journal, la majorité des quelque trente kamikazes qu'ils auraient réussi à rallier à leur cause l'ont été sur la Toile. Djennet elle-même aurait été convaincue par des "idéologues wahhabites" de "se sacrifier" pour venger son mari, selon Kommersant.

Les femmes kamikazes, souvent surnommées "veuves noires", sont l'arme privilégiée de la rébellion islamiste du Caucase du Nord. Les spécialistes considèrent que c'est souvent la vengeance ou la manipulation, plutôt que leurs convictions, qui les poussent à passer à l'acte. Le quotidien Moskovski Komsomolets indique pour sa part que la police a retrouvé sur Djennet une lettre d'amour écrite en arabe se terminant par les mots "Nous nous verrons au ciel". L'arabe étant rare dans le Caucase, cela pourrait signifier que la jeune femme a reçu un entraînement au Moyen-Orient.

L'autre kamikaze n'a pas encore été formellement identifiée : il pourrait s'agir d'une femme originaire de Tchétchénie, Markha Oustarkhanova, 20 ans, et elle aussi veuve d'un rebelle tchétchène. Toutes deux étaient arrivées tôt à Moscou lundi de la ville de Kizliar, au Daguestan, en bus, avant de descendre dans le métro pour activer leurs bombes, tuant au total quarante personnes.

LEMONDE.FR avec AFP | 02.04.10 | 14h53  •  Mis à jour le 02.04.10 | 16h13

 


Moscou a identifié la seconde kamikaze

LEMONDE.FR avec AFP | 06.04.10 | 11h06

Les enquêteurs russes ont identifié une femme originaire du Daghestan, république instable du Caucase russe, et née en 1982, comme étant la seconde kamikaze des attentats du métro de Moscou, ont indiqué mardi les services spéciaux (FSB, ex-KGB). "La terroriste qui a déclenché sa ceinture d'explosifs dans la station de métro Loubianka était Mariam Charipova, née en 1982", a déclaré le FSB.

La jeune femme était originaire du Daghestan, a indiqué le comité antiterroriste de Russie, cité par les agences russes. Les autorités russes avaient déjà indiqué, vendredi, avoir identifié une adolescente née en 1992 et originaire du Daghestan comme la kamikaze de la station de métro Park-Koultoury. Le double attentat-suicide du 29 mars à Moscou a fait au total quarante morts.