Yémen: Une enfant mariée obtient le divorce

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IRIN

Dans la capitale yéménite, une foule de journalistes se bousculait le 27 mars dernier pour prendre en photo Sally al-Sabahi, 12 ans, en train de signer les papiers de son divorce. Au moment où elle a trempé son doigt dans l’encre noire et déposé son empreinte à côté de son nom sur un document officiel, Sally est devenue la quatrième épouse enfant divorcée du Yémen.

IRIN avait raconté l’histoire de Sally en février dernier, en lui donnant pour nom Aisha, afin de protéger son identité. Elle avait 10 ans lorsque sa famille l’a mariée à un homme plus âgé en échange d’une dot de 1 000 dollars. Dès sa première semaine de mariage, Sally a essayé d’échapper aux traitements épouvantables qu’elle disait recevoir de son mari.

Quelques mois plus tard, elle a réussi à s’échapper, mais n’a pas pu obtenir de divorce, principalement parce que son père n’avait pas assez d’argent pour rembourser la dot. Après avoir lu l’article d’IRIN sur Sally, plusieurs personnes ont proposé d’apporter leur contribution. Une de ces personnes, Nalan Gungor Ozisik, est chargée de cours à l’Université de Stanford, aux Etats-Unis.

« Je refuse de voir l’ignorance donner une fausse image de l’Islam », a-t-elle dit. « J’espère que Sally peut maintenant poursuivre son enfance ; car une enfance heureuse est le droit souverain de tous les enfants du monde ».

Plusieurs défenseurs des droits de la femme étaient présents au tribunal à Sanaa. « C’est une avancée dans la bonne direction », a dit Belqes Ali al-Lahabi, activiste des droits de la femme. « Le divorce de Sally aidera à exercer une pression sur le gouvernement pour qu’il fasse passer la loi sur un âge minimum du mariage au Yémen ».

Débats sur l’âge minimum du mariage


Photo: Annasofie Flamand/IRIN
Le moment où Sally al-Sabahi, 12 ans, a signé les documents de son divorce à Sanaa, la capitale yéménite

Le divorce de Sally intervient après des semaines de débats houleux sur une loi fixant l’âge minimum du mariage à 17 ans, qui a profondément divisé les Yéménites. Après avoir, dans un premier temps, été approuvée par la majorité au Parlement en février 2009, la loi a été rejetée par le Comité de codification de la charia islamique. Le Parlement prévoit de soumettre cette loi à un nouveau vote dans un futur proche.

D’après le Centre international de recherche sur les femmes (ICWR) basé à Washington, près de la moitié des jeunes filles yéménites sont mariées avant l’âge de 18 ans, un âge trop précoce selon la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant.

« Je soutiens l’idée de fixer un âge minimum du mariage qui ne soit pas en dessous de 18 ans », a dit le juge Mansour Ali Mohammed, qui a rendu le jugement de divorce de Sally. « Quand un homme épouse une enfant et qu’ils ont des enfants, on se retrouve avec un enfant qui élève un autre enfant ».

Durant la procédure du divorce, Sally est restée assise, silencieuse, ne parlant que pour confirmer son nom et accepter le divorce. Elle a ensuite remercié tous ceux qui avaient rendu son divorce possible : « J’ai senti ce nuage sombre au-dessus de ma tête pendant tellement longtemps – maintenant il est parti. Merci », a-t-elle dit.

SANAA, 2 avril 2010 (IRIN)