Kirghizistan: Etat d'urgence décrété

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Le Monde

Policiers et membres de l'opposition se sont affrontés, mercredi 7 avril, dans les rues de Bichkek, la capitale du Kirghizistan, après l'arrestation, la veille, de trois chefs de l'opposition kirghize. Entre 3 000 et 5 000 manifestants de l'opposition ont forcé les forces de l'ordre à battre en retraite et se sont ensuite rassemblés devant la présidence kirghize pour réclamer la démission du chef de l'Etat, Kourmanbek Bakiev. Au moins douze personnes auraient trouvé la mort lors des affrontements. Le ministre de l'intérieur a été tué dans la ville de Talas ; le premier ministre a décrété l'état d'urgence dans tout le pays.

La capitale kirghize est en proie à la violence. Selon le ministre de la santé, on dénombre au moins une centaine de blessés. Les policiers ont tiré des grenades assourdissantes et pulvérisé du gaz lacrymogène. En réponse, ceux-ci ont jeté des pierres et endommagé les véhicules des forces de l'ordre à l'aide de bâtons. Selon le correspondant de l'AFP, la police a dû se barricader dans le bâtiment du siège de l'opposition.

Des manifestants ont pris le contrôle du siège de la télévision kirghize, qui n'émet plus, après que des centaines de manifestants sont entrés de force dans l'immeuble. "Des jeunes, la plupart ivres, ont pris le contrôle du bâtiment de la télévision, ils ont tout cassé à l'intérieur et volé les équipements", a raconté un haut responsable de la télévision d'Etat, sous couvert de l'anonymat.

Kourmanbek Bakiev a pris le pouvoir il y a cinq ans à l'issue d'une révolution émaillée de violences en promettant de démocratiser le Kirghizistan. Depuis, la plupart de ses compagnons de route ont rejoint l'opposition, accusant le chef de l'Etat de dérive autoritaire et de népotisme. Depuis plusieurs mois, ils ont multiplié les manifestations et les déclarations antigouvernementales, accusant le régime de M. Bakiev de chercher à museler les médias indépendants, ainsi que de corruption.

L'inculpation de trois d'entre eux, mardi 6 avril, a jeté de l'huile sur le feu. Le procureur général, Nourlan Toursounkoulov, a confirmé mercredi matin l'interpellation de chefs de l'opposition, dont l'ex-président du Parlement, Omourbek Tekebaïev, et l'ex-candidat à la présidentielle de l'opposition et ancien premier ministre, Almazbek Atambaïev. Ils "ont été inculpés de crimes graves", a déclaré le procureur.

Des manifestations semblent avoir eu lieu dans d'autres parties du pays. A Naryn, dans le centre du Kirghizistan, des témoins contactés par téléphone ont indiqué que des centaines de manifestants avaient pris le contrôle du siège de l'administration régionale. Mardi, environ 1 500 personnes avaient déjà envahi le siège de l'administration de Talas, dans le nord-ouest. Selon les médias locaux, le vice-premier ministre du Kirghizistan, Akylbek Japarov, y est retenu en otage par des manifestants.

La Russie et les Etats-Unis, qui disposent tout deux de bases militaires dans l'ex-République soviétique, ont appelé au calme. "Nous appelons toutes les parties à respecter la loi et appelons les manifestants et le gouvernement à engager des discussions pour résoudre leurs différends de façon pacifique, ordonnée et légale", a indiqué l'ambassade américaine, qui se sert du Kirghizistan comme base arrière pour ses opérations en Afghanistan. "Nous sommes pour le règlement de toutes les divergences – politiques, économiques et sociales – dans le cadre des procédures démocratiques existantes au Kirghizistan sans recours à la force", a pour sa part déclaré le vice-ministre russe des affaires étrangères, Grigori Karassine.

LEMONDE.FR avec AFP | 07.04.10 | 10h58  •  Mis à jour le 07.04.10 | 14h17