Indonésie: L’annulation de la 4ème Conférence d’ILGA-Asie régionale

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ILGA
La 4ème Conférence d’ILGA-Asie qui devait se tenir à Surabaya en Indonésie entre le 26 et le 28 mars a malheureusement due être écourtée à la suite de déplorables incidents. ILGA est la seule fédération internationale à faire campagne pour les droits des lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, transsexuel(le)s et intersexué(e)s (LGBTI). Créée en 1978, elle œuvre à obtenir l’égalité pour les personnes LGBTI et l’arrêt de toute forme de discriminations. La coopération internationale et le soutien mutuel de tous les membres doivent permettre à ILGA d’atteindre ces objectifs.

Les précédentes conférences organisées par ILGA-Asie, l’émanation asiatique d’ILGA, en Inde, aux Philippines et en Thaïlande ont été couronnées de succès. ILGA-Asie compte plus de 160 organisations membres dans plus de 17 pays du continent.
ILGA-Asie avait accepté la proposition de GAYa NUSANTARA, la plus vieille association LGBT indonésienne, d’accueillir la 4ème Conférence régionale d’ILGA-Asie à Surabaya, en Indonésie.

Les organisateurs avaient reçu l’aval de la police locale. Néanmoins, lorsque les média locaux et les groupes fondamentalistes opposés à la conférence ont eu connaissance de la tenue de l’événement, ils ont commencé à menacer de perturber la conférence et les participants en organisant des manifestations violentes.
La police a alors retiré son soutien à la conférence, craignant de ne pouvoir contrôler les fondamentalistes ni d’être en mesure d’assurer la sécurité des participants. ILGA-Asie a donc été contrainte d’annoncer que la conférence était « officiellement » annulée.

La conférence devait se tenir à l’hôtel Mercure (groupe Accor) et nombre des participants venant de toute l’Asie entendaient résider à l’hôtel. Par la suite, la direction de l’hôtel s’est déclarée très embarrassée par la tenue de la conférence et le séjour des participants dans son établissement.
Deux jours avant le lancement de l’événement, la direction a exigé de tous les participants qu’ils libèrent leur chambre, qui avait pourtant été réglée, et qu’ils trouvent un autre hébergement. L’hôtel Oval a aimablement accepté d’accueillir les personnes qui devaient quitter le Mercure et de prêter ses locaux à la conférence.
Les organisateurs ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour mobiliser le soutien de personnalités de haut niveau et pour convaincre la police de marquer de nouveau son aval à la tenue de l’événement. En vain.
Le jeudi 25 mars, le Conseil d’ILGA-Asie a convoqué tous les participants à une réunion et leur a expliqué la situation ainsi que les risques si la conférence se poursuivait. Malgré toutes les menaces et les risques potentiels, les participants et le Conseil ont décidé de tenir une « rencontre de militants », dans la mesure où il s’agissait de l’objectif même de la conférence de Surabaya.

Le Conseil d’ILGA-ASIE ne peut que louer l’engagement et la détermination des militants asiatiques, ainsi que leur ténacité inébranlable à maintenir le programme dans des conditions extrêmement difficiles, afin de bâtir un monde où tous vivent libres et égaux en droits.

Au matin du vendredi 26 mars, à 8h30, les militants se sont assemblés dans le couloir du 4ème étage de l’hôtel Oval, où Dédé Oetomo, le directeur de GAYa NUSANTARA, Poedjiati Tan et Sahran Abeysundara, les représentants d’ILGA-Asie auprès d’ILGA, ont souhaité la bienvenue aux délégués et déclaré la « réunion des militants » ouverte.
La matinée a été consacrée à quatre ateliers, bondés de délégués très remontés, et tenus dans les chambres des membres du Conseil pour des raisons de sécurité. Plus de 100 personnes de plus de 12 pays étaient présentes et l’atmosphère était électrique.
A midi, le Conseil avait reçu des informations selon lesquelles un groupe de fondamentalistes s’était mobilisé après la prière du vendredi et se dirigeait vers l’hôtel. Pour la sécurité des participants et dans l’intérêt de toutes les personnes concernées, le Conseil a alors décidé d’annulé le programme prévu pour la séance de l’après-midi.

Les dirigeants des groupes fondamentalistes ont pénétré dans l’hôtel, se sont assis autour d’une table dans le hall de réception, à proximité des ascenseurs et ont commencé à discuter pndant que les manifestants se massaient à l’extérieur de l’hôtel, créant une foule menaçante.
Les groupes d’opposition étaient composés du Front unitaire de la Communauté de l’Islam (FPUI), une coalition ad hoc de sept groupes islamiques radicaux dont le Conseil indonésien des oulémas (MUI), le premier organe ecclésiastique musulman en Indonésie, du Front de défense de l’Islam (FPI) un groupe extrémiste local connu pour ses actions violentes et du Hizb ut-Tahrir Indonesia (HTI), la section locale du réseau mondial éponyme soupçonné d’être très actif dans un certain nombre d’Etats, y compris au Royaume Uni, bien qu’ayant été interdit par plusieurs gouvernements. Leurs chefs ont exigé de s’entretenir avec les organisateurs de la Conférence d’ILGA-ASIE et M. King Oey, un membre du Conseil et du Comité d’organisation. Leurs tentatives de raisonnement et d’apaisement n’ont reçu pour seule et unique réponse que l’agression.

Quelques minutes plus tard, le Conseil régional, les Secrétaires généraux d’ILGA et l’équipe communication se sont réunis pour faire le point sur la situation et prendre les mesures ainsi que les précautions idoines. Plusieurs heures de négociation ont été nécessaires avec la police et la direction de l’hôtel.
Aux alentours de 16h, des dizaines d’autres manifestants sont arrivés à l’hôtel et la tension a commencé à monter. La police souhaitait se dédouaner de toute responsabilité en intimant aux délégués et organisateurs de quitter immédiatement l’hôtel. Ce n’est qu’après la médiation de plusieurs personnalités parmi les participants, que la police a enfin offert sa protection aux délégués et que la direction de l’établissement a accepté qu’ils demeurent à l’hôtel jusqu’à l’échéance de leur réservation.
La police a également négocié avec les manifestants et leur a expliqué qu’elle accordait sa protection aux délégués. Les manifestants ont en revanche refusé de quitter les lieux et accru leurs pressions sur le Comité d’organisation en promettant de revenir armés le lendemain.
En début de soirée, l’évacuation des participants, par groupes de quatre personnes, était devenue inéluctable. Certains ont été assistés par leur ambassade, ceux qui avaient pu changer leur vol ont été immédiatement reconduits à l’aéroport, tandis que les autres étaient placés dans différents hôtels ou transférés par route dans des villes avoisinantes. Quelques uns sont restés à l’hôtel en tant que « touristes ».
Le Conseil d’ILGA-Asie tient à remercier les militants indonésiens qui ont coordonné l’évacuation et risqué leur vie pour assurer la sécurité de tous les participants.
Le samedi 29 mars, grâce à un article publié dans l’édition du matin du Jakarta Post, la nouvelle s’est rapidement répandue que les fondamentalistes avaient menacé de se rendre à l’hôtel Oval pour déloger de force tous les étrangers restants et les amener directement à l’aéroport.
Les Secrétaires généraux d’ILGA ont dès lors quitté l’hôtel avec les derniers participants et se sont rendus dans un établissement proche de l’aéroport d’où les derniers départs ont pu être organisés.
Le même jour, l’information a circulé que le Ministère des Affaires religieuses entendait ester en justice contre le Comité d’organisation pour « activités antireligieuses ».


Tous les participants venant de l’étranger ont quitté le territoire et regagné leur pays sains et saufs, laissant les militants indonésiens face à des défis désormais encore plus difficiles à relever.

ILGA, en sa qualité de coalition internationale de défense des droits LGBTI, a lancé une opération coordonnée auprès des instances internationales, pour dénoncer et protester contre les attaques perpétrées en Indonésie et afin d’obtenir une action de leur part. De nombreuses voix se sont élevées, en Indonésie et dans plusieurs Etats dans le monde, exigeant le respect des droits humains des personnes LGBTI et de la liberté d’association.
Ces revendications se fondent sur le fait qu’en Indonésie

a) la Constitution dispose d’un article fort sur l’égalité,

b) qu’elle est fondée sur des valeurs laïques et

c) que le pays a ratifié les principaux traités des Nations Unies relatifs aux droits humains.

Le Conseil d’ILGA-Asie souhaite remercier l’ensemble des militants venus de toutes les régions d’Asie de s’être réunis et d’avoir fait montre d’autant de courage face à l’adversité.
Nous souhaitons également exprimer toute notre reconnaissance à nos bailleurs de fonds [Global Fund for Women, Astraea, LGBTI Initiative of Open Society Institute, Hivos, Fridae et Oxfam-Novib] qui nous ont soutenu tout au long de cette épreuve et nous ont communiqué force et courage.
Nous sommes honorés que plusieurs hommes et femmes du gouvernement indonésien aient défendu nos droits et exprimé leur opposition aux fondamentalistes.
Enfin, nous tenons à saluer solennellement nos partenaires indonésiens et le Comité d’organisation pour leur détermination et pour avoir défendu leurs valeurs et montré au monde entier ce qu’est le militantisme. Ils sont une source d’inspiration pour chacun d’entre nous. Nous ne pouvons qu’admirer leur courage. Leur engagement pour un monde libéré des préjugés et de la haine constitue la preuve irréfutable de leur valeur personnelle.
Nous, le Conseil ILGA-Asie, croyons toujours fermement que tous les Hommes naissent libres et égaux en droits et que nous avons tous le droit de vivre tels que nous sommes et d’aimer qui nous souhaitons.
Cet incident n’a pas affaibli notre mouvement. Bien au contraire, il nous a renforcés. Nous savons en effet que notre travail est essentiel et que notre action participe à la métamorphose de la vie de milliers de personnes en Asie et dans le monde.
Aujourd’hui notre détermination et nos valeurs sont encore plus fortes. Notre action ne prendra fin que lorsque nous pourrons tous vivre dans un monde qui nous accepte tel(le)s que nous sommes.
Solidairement vôtre,

Le Conseil ILGA-Asie.
conference.asia@ilga.org
3 avril  2010

INDONESIA, 06/04/2010