Kirghizistan: Des milliers de réfugiés fuient vers l'Ouzbékistan et le Tadjikistan

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Le Monde

La situation se stabilisait lentement mardi dans le sud du Kirghizstan, a indiqué un responsable de la région d'Och, après quatre jours de violences interethniques qui ont fait au moins 170 morts et plus de 1 700 blessés. "La nuit dernière a été plus ou moins calme dans la région par rapport à la nuit précédente. De nombreux membres des forces de l'ordre (...) assurent la sécurité et le passage de convois humanitaires", a déclaré un responsable du ministère de l'intérieur. "Le grand problème reste la propagation parmi la population de rumeurs provocatrices qui créent la panique et attisent les tensions", a-t-il poursuivi.

La présidente par intérim, Rosa Otounbaïeva, a par ailleurs estimé qu'une force de maintien de la paix n'était pas nécessaire. "Il n'y a pas besoin d'envoyer une force de maintien de la paix", a déclaré MmeOtounbaïeva au cours d'une conférence de presse. "Nous espérons maîtriser la situation avec nos propres forces", a-t-elle ajouté. La présidente par intérim a également indiqué que le référendum sur la nouvelle Constitution, prévu le 27 juin, serait"organisé comme prévu". "Nous ferons tout ce qu'il faut pour assurer la tenue du référendum", a-t-elle souligné.

De nouvelles violences interethniques ont eu lieu lundi dans le sud du pays, chassant vers l'Ouzbékistan des flots de réfugiés dont beaucoup accusent les forces régulières kirghizes d'aider des bandes armées à commettre des massacres. L'Ouzbékistan a annoncé lundi qu'il fermait sa frontière, ses capacités d'accueil étant saturées, et a demandé une aide internationale pour les dizaines de milliers de réfugiés qu'il a reçus depuis le début de la crise.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a "condamné", lundi, "les actes répétés de violence" dans la république d'Asie centrale et lancé un appel au "calme, à un retour à l'Etat de droit ainsi qu'à une résolution pacifique des différends". Le Conseil a aussi souligné la nécessité de "soutenir de manière urgente la distribution d'aide humanitaire". Le haut commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Navi Pillay, a exhorté l'Ouzbékistan et le Tadjikistan à"laisser [leurs] frontières ouvertes" pour permettre aux réfugiés d'entrer. Elle a déclaré que les violences au Kirghizistan semblaient "orchestrées, ciblées et planifiées".

DES FORCES RÉGULIÈRES ONT MASSACRÉ DES OUZBEKS

Par ailleurs, la Chine a évacué mardi matin 195 de ses ressortissants et prévoit d'envoyer deux autres avions au Kirghizistan dans la journée. Environ 600 Chinois vivent dans la ville d'Och et 7 000 au total dans sa région, selon le China Daily. En quatre jours, les violences qui ont entraîné cet exode ont fait au moins 138 morts et 1 761 blessés, selon le ministère de la santé kirghize.

Le gouvernement a admis qu'il peine à contrôler la situation malgré la mobilisation de l'armée, l'instauration d'un couvre-feu et l'ordre donné aux forces régulières de tirer sans sommation. Mais parmi les réfugiés arrivés en Ouzbékistan, beaucoup racontaient que des bandes armées de Kirghizes soutenues par des hommes en uniforme des forces régulières avaient massacré des Ouzbeks. Un officier d'une unité de blindés kirghize, lui-même ouzbek, a témoigné dans le même sens. "Le ministère de la défense kirghize nous a ordonné de ne pas tirer sur des civils. Mais à Och, les militaires et la police ont ignoré ces ordres et aidaient les bandits à tirer sur les civils", a-t-il déclaré.

Selon le ministère des situations d'urgence ouzbek, 60 000 réfugiés ont déjà été enregistrés dans la région d'Andijan, dans l'est de l'Ouzbékistan, chiffre qui ne prend pas en compte des milliers d'enfants. Le Comité international de la Croix-Rouge estime pour sa part que quelque 80 000 personnes se sont réfugiées en Ouzbékistan. A Moscou, l'ODKB, une alliance militaire dirigée par la Russie et groupant d'anciennes républiques soviétiques, dont le Kirghizistan, n'a "pas exclu" une intervention militaire pour mettre fin aux violences.

 


Le fils du président arrêté en Grande-Bretagne

Le fils du président déchu du Kirghizstan Kourmanbek Bakiev, recherché par Interpol, a été arrêté immédiatement après son arrivée en Grande-Bretagne où il voulait se réfugier, a déclaré le chef du Conseil national de sécurité du Kirghizstan, Kenechbek Douïchebaïev à la télévision nationale."Il a été appréhendé après avoir atterri à bord d'un avion privé à l'aéroport de Farnborough, dans le comté du Hampshire", a ajouté M. Douïchebaïev. Maxim Bakiev sera "soit extradé soit jugé" en Grande-Bretagne. L'homme a fui le Kirghizstan après le soulèvement d'avril qui a fait 87 morts et provoqué la chute du régime de Kourmanbek Bakiev, réfugié au Bélarus. Les nouvelles autorités ont également réclamé son extradition.

LEMONDE.FR avec AFP | 15.06.10