Algérie: Collectif pour élaborer un projet de loi cadre contre les violences faites aux femmes

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El Watan

Plus de dix associations (1) de tout le pays se sont fédérées en collectif pour élaborer d’ici un an et demi un projet de loi cadre contre les violences faites aux femmes en Algérie. Premier temps fort de ce projet «Stop à la violence ! Les droits des femmes maintenant» : un colloque international se tiendra le jeudi 25 novembre à l’occasion de la Journée mondiale des violences faites aux femmes.

-Réussir à fédérer autant d’associations sur un tel projet est déjà une réussite à part entière. La preuve qu’un «réseau femmes» existe bien…

Faïka Medjahed : Cela fait quelques années que des associations, des chercheurs, des représentants d’institution dénoncent les violences faites aux femmes, chacun de la place qu’il occupe et après plusieurs tentatives menées pour capitaliser les actions menées par les différents intervenant(e)s, le projet  «Stop à la violence ! Les droits des femmes maintenant», initié par l’AAPF, tombe à point nommé pour articuler ces compétences plurielles et élaborer ensemble un plaidoyer en faveur des droits des femmes, pénalisant sévèrement toute  agression ciblant les femmes. Une loi dissuasive, identique à celle du port de la ceinture de sécurité en voiture !

-Cela signifie donc que la loi algérienne ne prévoit pas de sanctions contre ce type de violences ?

Soumia Salhi. Les sanctions existent mais elles sont morcelées, dispersées et ne sont pas spécifiques aux femmes. Les lois n’abordent pas non plus la question des violences morales, ou de tout ce qui relève de la sphère privée. Des juristes vont donc étudier l’arsenal juridique existant pour voir ce que prévoient le code pénal, le code civil, le code de la famille jusqu’aux conventions ratifiées par l’Algérie. En faire une lecture critique. Prenons par exemple le cas du harcèlement sexuel : la loi existe, mais la pratique nous amènera à l’interroger : il faut réexaminer la charge de la preuve, assurer la protection des témoins…   

-On sait par exemple qu’en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Mais en Algérie, on manque de statistiques fiables...

Faïka Medjahed : Le drame, c’est qu’en Algérie, chaque institution y va de ses statistiques, en outre chaque institution et chaque association possède un support d’information différent, d’où la difficulté d’avoir une idée claire sur ces violences, leurs gravités et surtout leurs périodicités. Il est absolument indispensable de se doter d’un observatoire des droits des femmes, dont l’une des missions est de collecter régulièrement les données statistiques des violences ciblant les femmes, permettant de nous renseigner sur l’ampleur et les types de violence que subissent les femmes, afin de les prévenir.

Essia Abdelouahab : Entre la police, les centres d’écoute, les services de santé… chacun produit ses propres chiffres, qui restent, de toute manière, bien en deçà de la réalité. Car on sait que toutes les femmes victimes de violences ne se présentent pas etmême si elles le font, en général, ce n’est pas présenté comme une violence. On lui dit : «Mais c’est ton mari/ton père/ton frère, donc ce n’est pas grave…»

Faïka Medjahed : D’où l’importance, par la suite, de former les intervenants (policiers, gendarmes, magistrats, professionnels de la santé et…) à l’écoute et l’accompagnement des femmes victimes. D’arrêter de se renvoyer la balle entre magistrat et médecin légiste sur le  nombre de jours notifiés sur les certificats médicaux l’ITT (Interruption temporaire de travail), prouvant ou non la culpabilité de l’agresseur et le tort causé ou non à la victime.
   
-Justement, le projet prévoit-il des formations ?

Zouina Tarikt : On constate aujourd’hui que les enfants, dont la mère est une femme battue, se mettent aussi à frapper leur mère. Ces enfants réagissent violemment parce qu’ils ont un exemple à la maison ! Il y a toute une éducation à faire dès l’école, puis après dans les universités. Des éducateurs se rendront auprès des pairs pour les sensibiliser. Cette jeunesse, ce sont les parents de demain et on les sous-estime, alors qu’il faut les prendre à bras-le-corps !

Djema Soukehal : Dans le cadre du projet «Stop à la violence ! Les droits des femmes maintenant», sont aussi prévues des formations pour les animateurs radio pour les convaincre de consacrer des émission spécifiques à ces questions de violence. Dans un premier temps, la formation a concerné les membres de l’Association algérienne pour la planification familiale.

-Finalement, c’est toute une approche de la violence qu’il faut revoir…

Faïka Medjahed : Le but de notre plaidoyer est aussi de déconstruire les stéréotypes et les  représentations et identifications qui glorifient les agresseurs et les poussent à croire que les femmes aiment à être violentées (blagues, films, chansons, manuels scolaires et autres us et coutumes).

Soumiha Salhi : Il faut comprendre et intégrer que la violence n’est pas un problème individuel, mais un problème social. La loi, par exemple, doit prévoir un article sur le signalement : les gens doivent pouvoir signaler la violence et ce témoignage doit avoir une valeur et être pris en compte. La loi et la pratique sociale sont deux choses qui marchent ensemble.

(1) L’Association algérienne de planification familiale, l’association de défense et promotion des droits des femmes, l’Association de l’émancipation de la femme, Amusnaw de Tizi Ouzou, l’Association d’aide aux victimes de violences faites aux femmes et enfants, le Centre d’information et de documentation des droits des femmes et des enfants, Djazairouna, les Femmes médecins, Femmes en communication, le Rassemblement algérien contre la hogra et pour la démocratie en Algérie, Tharwa Fathma N’soumer, la Société de recherche en psychologie et le Réseau Wassila