URGENT: Gambie : Les défenseures des droits humains des femmes Isatou Touray et Amie Bojang-Sissoho ont été interpellées et mises en détention

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WLUML networkers

URGENT: Gambie : Les défenseures des droits humains des femmes Isatou Touray et Amie Bojang-Sissoho ont été interpellées et mises en détention. Déclaration de WLUML et la Campagne mondiale «Arrêtons de tuer et de lapider les femmes » (Campagne SKSW) sur l’arrestation de Défenseures des droits humains des femmes en Gambie, le Dr. Isatou Touray et Madame Amie Bojang-Sissoho.

Le Réseau international de solidarité Femmes sous lois musulmanes (WLUML) et la Campagne mondiale « Arrêtons de tuer et de lapider les femmes » (Campagne SKSW) sont particulièrement préoccupés par la nouvelle de l’arrestation, ce lundi 11 octobre 2010, de nos collègues, le Dr. Isatou Touray et Madame Amie Bojang-Sissoho, qui ont été interpellées par un fonctionnaire de l’Agence nationale de renseignements de la Gambie. Selon les premiers rapports, elles avaient préalablement à cette arrestation, fait l’objet de menaces et de harcèlements, avant d’être mises en garde en vue au commissariat de police, puis déférées à la prison centrale de Mile Two, le lendemain 12 octobre. Les deux femmes ont été interpellées, puis détenues sur présomption de détournement de fonds d’un montant de 30 000 euros. Leur requête de liberté provisoire a été rejetée, mardi, par le tribunal qui a décidé de les envoyer huit jours en prison, avant leur comparution devant le tribunal, le mercredi 20 octobre 2010.  

Le réseau WLUML adhère aux appels lancés en faveur de la libération de sous caution, immédiate et inconditionnelle, du Dr. Touray et de Madame Bojang-Sissoho, et exige que soit garanti leur droit à un procès juste et équitable devant un tribunal indépendant et impartial, le droit à la sécurité et à la dignité de la personne et à la liberté en raison du caractère illégal de cette détention. Le réseau WLUML soutient également que les défenseur-e-s des droits humains et d'autres membres de la société civile ne devraient pas faire l'objet de menaces, de harcèlements ou de poursuites, en raison de leur action de défense pacifique des droits d'autrui.

Le Dr. Isatou Touray et Madame Amie Bojang-Sissoho sont, respectivement, directrice exécutive et coordonnatrice des programmes du Comité gambien des pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (GAMCOTRAP) et sont engagées, depuis plusieurs années, dans la promotion de l’égalité des sexes, des droits de la femme et de l'enfant, particulièrement dans la lutte contre les mutilations génitales féminines et autres pratiques discriminatoires. Le Dr Touray est également secrétaire générale du Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (CI-AF). Le News and Report Weekly Magazine l’a designée, en 2008, comme “Femme de l’année en Gambie” pour sa lutte contre les MGF et son action en faveur des droits des femmes et des enfants. Le Dr. Touray est, depuis 2 ans, membre du Conseil d’administration de Femmes sous lois musulmanes et toutes les deux travaillent activement dans le cadre de ce réseau, depuis plus de dix ans. WLUML est un réseau transnational de solidarité qui promeut et protège les droits des femmes, en particulier dans les environnements et les contextes musulmans.

GAMCOTRAP est l’une des organisations maîtresses œuvrant à la promotion des droits des femmes et des fillettes avec la lutte pour l'abandon des mutilations génitales féminines et des autres pratiques néfastes subies par les femmes et les fillettes, en Gambie. Les années de lutte et d'efforts de GAMCOTRAP ont fortement contribué à leur développement et ont également convaincu près d’une centaines de pratiquantes de ces mutilations d'en abandonner la pratique.

Toutefois, le gouvernement gambien a récemment modifié sa politique et a cessé de soutenir les droits des femmes et des fillettes à l'intégrité physique, ainsi que l'élimination des mutilations génitales féminines. En effet, le conseiller personnel des affaires religieuses du Président Jammeh s’est servi de la radio officielle pour prôner les MGF affirmant qu'elles sont prescrites par l'islam. En 1999, la sécurité des activistes qui mènent une campagne contre les mutilations génitales féminines (MGF) avait été menacée, lorsque le Président déclarait publiquement qu'il ne pourrait plus la plus garantir. Cette déclaration avait été suivie d'une directive émise par le directeur de la radio-télévision de Gambie qui interdisait la diffusion de messages personnels s'opposant aux MGF ou faisant allusion aux risques médicaux. Seuls les messages favorables à cette pratique passaient désormais dans les médias d’État; GAMCOTRAP avait été, à l'époque, la première organisation de la société civile gambienne à réagir en envoyant une lettre ouverte de protestation au Président. GAMCOTRAP poursuivait son action pour abolir les mutilations génitales féminines.

En mai 2010, la présidence mettait sur pied une commission d'enquête chargée d'examiner les allégations de détournement, par GAMCOTRAP, de fonds fournis par une organisation appelée Yolocamba Solidaridad. La Coalition pour les droits humains en Gambie faisait cette déclaration : « Après une enquête minutieuse, des différents rapports et documents, la commission avait conclu que les allégations de détournement étaient non fondées. Mais, une fois ses résultats présentés, la commission était dissoute et certains de ses membres licenciés par le gouvernement gambien. Une deuxième commission fut ensuite mise en place, mais alors que GAMCOTRAP attendait les conclusions de cette deuxième enquête, les deux femmes étaient arrêtées et emprisonnées. »  (http://www.ouestaf.com/Arrestation-de-deux-eminentes-femmes-defenseurs-droits-humains-en-Gambie-Declaration_a3309.html)

Ce n'est pas la première fois que GAMCOTRAP est dans le collimateur du gouvernement du Président Yaya Jammeh. Celui-ci, il faut le rappeler, a systématiquement proféré des menaces directes à l’encontre des activistes et défenseur-e-s des droits humains. L’année dernière, il avait  menacé d'arrêter les militant-e-s des droits humains. En septembre 2010, le défenseur des droits de l'homme et directeur de Africa in Democracy and Good Governance (ADH), Edwin Nebolisa, était condamné à une peine d’emprisonnement de 6 mois, assortie d'une amende de 10.000 dalasis (environ US $300) par le Tribunal de Banjul qui l'avait jugé coupable de « diffusion de fausses nouvelles » concernant la présidence de la République. Nebolisa était arrêté, en mars 2010, après la publication d'une lettre adressée à la présidence dénonçant la nomination de la fille du Président Jammeh comme ambassadrice de bonne volonté, en Afrique, pour la démocratie et la bonne gouvernance. Le magistrat avait également demandé la suppression définitive de l'organisation dirigée par M. Nebolisa. Le gouvernement a récemment commencé à modifier la réglementation des ONG, en leur imposant davantage de restrictions afin de mieux les contrôler.

Le Réseau WLUML et la Campagne mondiale «Arrêtons de tuer et de lapider les femmes » (Campagne SKSW) adhère aux appels lancés en faveur de la libération sous caution, immédiate et inconditionnelle, du Dr. Touray et de Madame Bojang-Sissoho. Nous exigeons instamment que soit garanti leur droit à un procès juste et équitable devant un tribunal indépendant et impartial, à la sécurité et à la dignité de la personne et à la liberté en raison du caractère illégal de cette détention, conformément aux articles 9 et 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à l'article 6 de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, ainsi qu'à l'article 19 de la Constitution de la République de Gambie. Nous réclamons également, si elles ne sont pas jugées dans un délai raisonnable, qu'elles soient remises en liberté inconditionnelle, sans préjudice de nouvelles poursuites dont elles pourraient éventuellement faire l'objet.

Le réseau WLUML affirme également que les défenseur-e-s des droits humains et les autres membres de la société civile ne devraient pas faire l'objet de menaces, de harcèlements, ni de poursuites pour leur action de défense pacifique des droits d'autrui.

Source: WLUML
16 octobre 2010

Pour l'alerte en anglais, svp voir ici:  http://www.wluml.org/node/6707