France: Salariée licenciée car elle voulait porter le voile islamique au travail

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Le Figaro

Une ex-salariée de «Baby Loup», une crèche ouverte 24 heures sur 24 à Chanteloup-les-Vignes, conteste son licenciement. L'établissement a reçu le soutien de la présidente de la Halde. Il faudra attendre le 13 décembre avant que le conseil des prud'hommes de Mantes-la-Jolie, qui se tenait lundi, ne scelle le sort de Baby Loup : le jugement a été mis en délibéré. Depuis deux ans, cette crèche de Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines, occupe régulièrement le devant de la scène. Cette structure unique en France, qui fonctionne 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, et vient en aide aux femmes seules qui ont des horaires décalés, est poursuivie par une salariée qui a été licenciée car elle voulait porter le voile islamique au travail.

«Dans cette affaire, il y a une question de droit du travail classique mais le sous-bassement, c'est une question de principe sur le port du voile dans le milieu du travail», résume Aziz Bentaj, auditeur au sein de la crèche Baby Loup.

L'affaire remonte au mois de décembre 2008, lorsqu'une salariée revient d'un congé parental de cinq ans, couverte d'un voile noir de la tête aux pieds. On ne voit que son visage. Or, le règlement intérieur de la structure interdit le port de signes religieux au nom du principe de «neutralité». Face au refus de porter le voile qui lui est opposé, l'employée demande des indemnités de départ. Nouvelle fin de non recevoir. On lui propose alors de démissionner. Après plusieurs jours de conflits, la directrice décide de la licencier pour faute grave.

Fragile consensus

S'ensuit une longue période de tensions dans la crèche : arrêts maladie intempestifs et refus de travailler de certains personnels, qui tentent d'imposer à leur tour le voile, demandes de faire faire les prières aux enfants... Les parents se divisent. Le fragile consensus pour «maintenir un espace de neutralité et sauvegarder le vivre ensemble» menace de voler en éclats, comme l'expliquait la direction au Figaro Magazine.

La désormais ex-salariée saisit ensuite le conseil de prud'hommes et réclame environ 80.000 euros de dommages et intérêts. Pour cette association financée à 90% par des fonds publics qui accueille 200 enfants par an environ, le règlement d'une telle somme impacterait ses finances. Et ce, de façon possiblement irréversible.

L'ex-employée saisit également la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), qui a, depuis, rendu un avis en sa faveur. Dans sa délibération rendue en mars, la Halde considérait le licenciement de cette femme comme «discriminatoire».

«L'avenir de notre société»

Mais en octobre, nouveau rebondissement : la présidente de la Halde Jeannette Bougrab, qui a pris ses fonctions en avril, annonce que la Haute autorité étudie à nouveau le différend. «La question se pose : est-ce que Baby Loup, qui fonctionne 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, est une activité de service public et donc astreinte à la neutralité ?», interroge-t-elle. Pour elle, ce dossier ne soulève «pas une question administrative ou de procédure mais porte sur un principe fondamental de notre République qui est la laïcité». Un soutien réitéré lundi en marge de l'audience aux prud'hommes, à laquelle s'est rendue Jeannette Bougrab. «Il n'y a pas de raison que la laïcité soit moins bien protégée que la liberté religieuse, ce sont deux principes de valeur constitutionnelle», a-t-elle alors déclaré.

Autre soutien de taille pour la crèche : celui de sa marraine, Elisabeth Badinter. Dans un entretien au JDD la semaine dernière, elle affirmait : «C'est l'avenir de notre société qui se joue à Chanteloup». La philosophe a également assisté à l'audience lundi, mais n'a pas fait de déclaration à la sortie.

Par Charlotte Menegaux

 

09/11/2010