Pakistan : Le ministre des minorités religieuses a été assassiné

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Le Monde

Des inconnus ont ouvert le feu et tué, mercredi 2 mars, le ministre des minorités religieuses pakistanais, le chrétien Shahbaz Bhatti, à Islamabad. Les talibans pakistanais ont revendiqué l'assassinat du ministre, expliquant leur geste par ses propos jugés blasphématoires. Des hommes armés ont tiré en rafale sur sa voiture dans un quartier huppé de la capitale, a indiqué un officier de policequi précise que les assaillants, au moins deux hommes à moto, ont pris la fuite. "Il était mort à son arrivée à l'hôpital, on lui a tiré dessus", a déclaré à l'AFP par téléphone le docteurAzmatullah Qureshi, porte-parole de l'un des plus grands hôpitaux d'Islamabad, le Shifah.

 

Ce meurtre survient en pleine controverse dans ce pays musulman sur des velléités d'amendement d'une loi prévoyant la peine de mort en cas de blasphème et l'assassinat début janvier d'un gouverneur qui avait pris la défense d'une chrétienne condamnée à la peine capitale pour avoir "insulté" le prophète Mahomet. Shabbaz Bhatti, qui était l'un des défenseurs d'un amendement de la loi contre le blasphème et multipliait les déclarations sur les violences et intimidations dont est victime notamment la minorité chrétienne, se disait régulièrement menacé. Le Vatican, par la voix de son porte-parole, le Père Federico Lombardi, a qualifié mercredi d'"acte de violence inqualifiable" l'assassinat du ministre.

Le 4 janvier, en plein jour et devant le salon de thé d'un complexe commercial huppé d'Islamabad, Salman Taseer, le gouverneur du Pendjab, la province la plus peuplée du Pakistan, avait été criblé de balles par un policier du commando d'élite chargé de sa protection. L'assassin, qui avait invoqué le fait que Salman Taseer défendait une chrétienne condamnée à mort après avoir été accusée par des villageoises d'avoir insulté Mahomet et parce qu'il s'était fait l'avocat d'un amendement de la loi contre le blasphème, est devenu un "héros" aux yeux d'une grande partie de la population de la République islamique du Pakistan.

 

Depuis deux mois, les manifestations de soutien au policier et hostiles à toute modification de la loi se multiplient dans le pays ; et le gouvernement, sous la pression de la rue, répète inlassablement qu'il n'a aucune intention de soutenir l'amendement présenté par certains parlementaires.