Maroc: La propagande qui a tue a Sidi Moumen a Skhirat et ailleurs

المصدر: 
La Ligue démocratique pour les droits de la femme (LDDF)
L’Observatoire des droits des femmes dénonce l’idéologie de la haine et interpelle l’Etat et la société.
La Ligue Démocratique pour les Droits de la Femme (LDDF) vient d’adresser un appel urgent au gouvernement lui demandant d’assainir le domaine religieux et en finir avec la frénésie politicienne terreau de la haine envers la femme. La LDDF appelle d’abord à mettre un terme à la diffusion des livres, bandes audio et vidéo de la haine et de l’excommunication.
Elle appelle également à interdire l’exploitation politicienne des mosquées et en faire plutôt un refuge spirituel pour les Marocains au lieu de servir de base arrière contre la démocratie et l’égalité. Le gouvernement est appelé aussi à mettre en place une série de critères éthiques et scientifiques pour les personnes travaillant dans le domaine religieux, que ce soit dans l’éducation ou l’organisation. La LDDF appelle finalement à revoir les programmes d’enseignement notamment dans les instituts et écoles de l’enseignement fondamental et revoir la discipline dite “éducation islamique” de manière à ce que le tout soit basé sur les authentiques préceptes de l’Islam, religion de justice, d’égalité et de valorisation de l’être humain.

L’appel de la Ligue, rappelle l’Observatoire des droits de la femme, relevant de cette dernière, est motivé par la frénésie religieuse extrémiste qui s’est saisie de la rue marocaine ces derniers temps et qui se trouve dangereusement alimentée de l’intérieur de plusieurs mosquées et par des colporteurs d’une littérature fasciste qui a multiplié des supports qui se vendent au vu et au su des autorités.

C’est cette ampleur qui justifie en grande parti l’appel de la LDDF et qu’elle explique par deux facteurs principaux. Pour l’ONG de défense des droits de la femme, les autorités publiques ont fermé les yeux sur les agressions fascistes subies par les citoyens dans de nombreuses localités du royaume et ce ne sont pas les exemples qui manquent. La LDDF rappelle, entre autres, le meurtre, le 23 février dernier, d’un jeune citoyen à Sidi Moumen à Casa par un groupe d’obscurantistes se revendiquant d’un groupe appelé “Le droit chemin”. Groupe qui s’était depuis longtemps spécialisé dans les agressions de jeunes femmes et hommes taxés d’“impies”. Ou encore la jeune femme égorgée le 8 mars dernier à Skhirat par son géniteur sous prétexte qu’elle avait une relation avec un jeune homme et qu’elle était active dans une association sans parler de l’arrestation, récemment, des meurtriers d’un policier, assassiné il y a un an. Ses deux assassins, qui se sont improvisés prédicateurs sans avoir aucun niveau les y habilitant, avaient accompli leur acte abject sous prétexte que le jeune homme insultait la religion. Pire encore, note la Ligue, des fatwas ont été édictées pour “justifier” l’assassinat des militants de gauche après les avoir taxés d’“impies”.

La LDDF parle de l’anarchie qui prévaut dans le paysage religieux comme deuxième facteur. Anarchie, note la Ligue, sans précédent même lors des pires débuts des années 70 et le lâche assassinat d’Omar Ben Jelloun. Cette anarchie, ajoute la LDDF, s’est instaurée avec la bénédiction officielle du ministère des Affaires islamiques qui ne fait rien d’autre que “prendre soin d’un baril de poudre” qui menace explosion à tout moment. La LDDF rappelle cette profusion d’associations prétendument destinées à la vulgarisation des préceptes de l’Islam, agissant dans garages et baraques pour appeler à la haine de l’épouse, de la mère ou de la soeur. La LDDF cite l’exemple de cette association de Dar Bouaâzza qui s’est investie dans un prétendu projet de construction d’une mosquée avant qu’on ne découvre qu’elle avait un rapport avec des constructions anarchiques et des maisons closes.

La Ligue conclut que le ministère des Affaires islamiques s’est activé et s’active, en encourageant de telles pratiques, pour court-circuiter les revendications des femmes.

L’Observatoire des droits des femmes marocaines affirme avoir déjà attiré l’attention de l’exécutif à cette grave dérive et à maintes reprises. Le 26 janvier dernier, un colloque international organisé à Casa avait appelé les instances gouvernementales à assumer leur responsabilité pour empêcher que les rues et les lieux de cultes soient envahis par la littérature de la haine. La Ligue cite dans son appel des exemples des sottises véhiculées par les supports de cette littérature et qui n’honorent ni la femme ni la religion.

Libération, Md. BOUDARHAM