La Tunisie renforce les contrôles du niqab

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Magharebia

Par Monia Ghanmi à Tunis pour Magharebia – 21/02/2014

Le ministère tunisien de l'Intérieur a annoncé le 14 février des contrôles renforcés envers les personnes portant le niqab.

"Cette mesure a été décidée au vu de la menace que connaît le pays et parce que des suspects terroristes utilisent le niqab... pour se déguiser et échapper à la justice", a expliqué le ministère.

Il a demandé aux gens de faire preuve de compréhension et d'aider les unités chargées de la sécurité à faire leur travail.

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AFP/Fethi Belaid

Les forces de sécurité ont récemment arrêté un certain nombre de terroristes et de criminels portant le niqab. Les autorités ont également souligné que les terroristes traqués à Raoued et ceux arrêtés à Ariana avaient utilisé le niqab pour passer du Jebel Chaambi à la capitale.

Cela a incité plusieurs personnes à demander une interdiction du port du niqab, au vu de la menace qu'il fait peser sur la sécurité et la stabilité du pays.

Cheikh Houcine Abidi, imam de la mosquée de la Zeitouna, a expliqué dans des propos publiés le 13 février que le gouvernement devrait interdire le port du niqab pour empêcher les terroristes et les criminels de mener à bien leurs actes. Il a ajouté que le niqab n'existait pas dans la jurisprudence islamique, soulignant que le vêtement des femmes musulmanes se limite au voile.

Il a expliqué que l'utilisation du niqab à des fins terroristes au détriment de la communauté et dans le but de tuer des gens le rendait illicite selon les termes religieux.

Pour sa part, le moufti tunisien Sheikh Hamda Said s'est également dit favorable à une interdiction du niqab pour des raisons de sécurité.

"Le législateur peut légitimement restreindre la portée de ce qui est permissible s'il l'estime pour le bien de la nation et pour la sécurité du pays", a-t-il déclaré dans un communiqué à la presse.

Mazen Chérif, analyste spécialiste des affaires terroristes, a expliqué que l'histoire avait démontré que le niqab était utilisé pour commettre des crimes et protéger l'anonymat. Il a ajouté que le visage humain est un moyen d'identification.

"Les rapports de sécurité ayant démontré que le niqab est utilisé par les terroristes, il est nécessaire de l'interdire", a-t-il souligné.

Pour leur part, les Tunisiens sont divisés entre partisans d'une interdiction potentielle du niqab et adversaires de cette interdiction.

Nawel Kilani, étudiant en informatique de 23 ans, a souligné que le niqab est un intrus dans la religion islamique, qui n'appelle qu'à porter le voile.

"Le gouvernement devrait adopter une loi pour interdire ce vêtement afin de nous protéger et de protéger notre pays contre les terroristes et les criminels", explique-t-il.

Youssif Krid, employé dans un restaurant et âgé de 31 ans, apporte également son soutien à cette décision, expliquant que "le niqab est aujourd'hui utilisé à mauvais escient en Tunisie et est désormais lié au terrorisme. Une loi en interdisant le port en Tunisie est devenue une nécessité urgente et un devoir national."

Son ami Mahjoub Chabi se dit pour sa part favorable à cette interdiction, à condition qu'elle soit levée lorsque la situation se sera stabilisée.

En revanche, pour Samar Ajmi, propriétaire d'un magasin de couture, ce vêtement fait partie des libertés conquises par les Tunisiens après la révolution. Elle revendique la nécessité d'accepter cette liberté, à la fois dans ses aspects positifs et négatifs.

A cet égard, le ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jeddou a déclaré le 13 février lors d'une audition devant l'assemblée constituante qu'interdire le niqab serait une décision politique dépassant le seul cadre du contexte sécuritaire.