Mali: Sira Diop : « Le fondamentalisme religieux est entrain d'envahir le Mali ! »
JDM : Que pensez-vous de la polémique autour du code de la famille sur le « devoir d’obéissance de la femme envers son mari » ?
Sira DIOP : Vous savez, c’est du au fait traditionnel. Dans le temps, le devoir d’obéissance répondait à une affaire de tradition, surtout dans les milieux bambaras. Et pourtant les sociétés étaient matriarcales et les femmes étaient presqu’à égalité avec les hommes. Souvent la notion d’égalité des sexes avait une incidence directe sur l’héritage. Et aujourd’hui c’est ce que ne veulent pas les « anti-code ». Du fait que cette obéissance ait été enlevée par la laïcité et soumis à des impératifs internationaux, cela pose un problème aux gens profondément ancrés dans la tradition.
JDM : Ce nouveau code de la famille constitue t-il une réelle avancée pour les femmes ?
Sira DIOP : Oui indéniablement. Parce que les femmes vont mieux connaître leurs droits et avantages. Mais pour les femmes analphabètes, qui sont soumises à leurs maris, on peut comprendre leurs réactions, vis-à-vis de ce texte. Or celui-ci s’il doit être promulgué, poussera les femmes à davantage s’émanciper et à prendre en main leur destin. Par exemple, le code stipule aujourd’hui la séparation des biens entre conjoints en cas de monogamie, c’est une forme d’avancée. Avant, tout ce que la femme gagnait appartenait à son mari ! Si un homme avait une dette envers sa femme, celle-ci était automatiquement annulée du fait de la coutume et si c’était l’inverse, la femme restait redevable à son mari. Ces situations liées à la tradition, minimisait le statut de la femme. Dons ce code constitue une avancée pour les femmes, même si le changement des mentalités est très long à opérer…
JDM : Sur la succession, l’enfant naturel doit-il hériter au même titre que l’enfant légitime ?
Sira DIOP : Il faut d’abord penser à la protection de l’enfant. Or si on prend l’exemple de l’adoption-filiation, un homme pouvait prendre un enfant sous son toit, l’élever mais à sa mort, cet enfant n’héritait pas, car si l’un des membres de la famille se levait pour contester selon les règles de la coutume, l’enfant n’héritait pas. Or si un homme a reconnu un enfant, l’a élevé et donné son nom, il doit hériter ! Or les religieux ne sont pas d’accord avec ça. Alors, l’enfant naturel qui n’a de parent que sa mère, est seul et sans protection. C’est d’abord une affaire morale. Mais j’ai l’impression que le Mali est un pays qui entrain d’être envahi par le fondamentalisme religieux, venu des pays arabes !
JDM : Pensez-vous que ce code va être promulgué, après la deuxième lecture proposée par le chef de l’état ?
Sira DIOP : Il faut que ce code passe, parce qu’il y des options dedans. Nous les femmes, nous avons lutté pour ce code depuis les années 50. Depuis le congrès des femmes de l’ouest africain, nous avons participé à l’élaboration de ce projet de code. J’ai moi-même présenté un document au président de l’Assemblée Nationale à l’époque. Le Mali n’est pas une république islamique ! Je suis pour l’adoption de ce code, qui va permettre à toutes les communautés de se trouver sous une loi commune.
27 août 2009
Par Mame Diarra DIOP
Source : Journal du Mali
La mesure devrait permettre d’abaisser la tension sociale et de se donner le temps utile à la « compréhension » du texte par le plus grand nombre de personnes, a expliqué le président malien dans un message à la Nation spécialement consacré à la question.
Tout en justifiant le nouveau code par le besoin de combler un vide juridique, le président malien a évoqué l’impérieuse nécessité qui s’est imposée à lui de ne pas ignorer la contestation ayant résulté du vote de l’Assemblée nationale.
« Comment ne pas prendre en compte toute cette incompréhension », s’est insurgé le président Amadou Toumani Touré laissant notamment entendre que l’adoption du projet de loi a été suivie d’une campagne de désinformation. Parallèlement, le président Touré a fait allusion à certaines « remarques » au caractère pertinent qui lui auraient, en définitive, dicté son choix de prolonger le débat en vue d’un « code » plus « consensuel » dans le pays.
Perçu par une frange de Maliens comme source « d’avancée » et par une autre partie de la population comme une « insulte » aux valeurs sociétales, le nouveau « code de la famille et des personnes » a fait l’objet d’une vive polémique au Mali depuis son adoption par l’Assemblée nationale le 3 août dernier. Il comporte un total de 1.443 articles dont moins d’une dizaine continuent de faire l’objet de désaccord, a précisé le président Amadou Toumani Touré en rappelant le caractère inévitable des difficultés et obstacles liés à la conduite des changements sociaux.
Près de 50.000 personnes avaient pris part samedi dernier au stade du 26 mars de Bamako à un meeting que le Haut Conseil islamique du Mali (HCIM) avait organisé dans l’espoir de voir le président de la République renoncer à la promulgation du nouveau texte. Des manifestants avaient préconisé, à l’occasion, des fatwas contre les députés et contre toutes les personnes soutenant le nouveau code de famille.
La bonne organisation de la manifestation a été relevée par le président Amadou Toumani Touré qui a adressé ses « félicitations » aux initiateurs. Conçu dans un souci d’égalité entre l’homme et la femme, le nouveau « code de la famille » du Mali libère notamment l’épouse du devoir d’obéissance (remplacé par le devoir de respect) à l’époux et substitue le concept d’autorité parentale à celui de puissance paternelle.
27 août 2009
par APA
Source : Sud Online
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