Dossier 14-15: Leur culture, notre culture

Publication Author: 
Campagne internationale pour la défense des droits des femmes en Iran
Date: 
novembre 1996
AttachmentSize
Word Document102.66 KB
number of pages: 
195
La politique cachée du relativisme culturel
Note de l'éditrice


Les femmes émigrées en Europe et en Amérique du Nord ont commencé à dénoncer depuis longtemps la mollesse dangereuse dont font preuve les pays hôtes en tolérant et en encourageant des lois, des coutumes et des pratiques oppressives importées de nos pays et de nos cultures - au nom de la tolérance, du respect de l'autre, du droit à la différence, de la parité de cultures ou de religions différentes, etc...

Tout comme nos propres gouvernements, les gouvernements des pays d'immigration sont prêts à sacrifier le bien-être, les droits humains et les droits civiques des femmes, pour céder devant la communauté immigrée, représentée exclusivement, partout à travers le monde, par ses membres masculins.

La collusion des patriarcats transcende la plupart des conflits entre immigrés et pays hôtes.

C'est pourquoi, parmi les nombreuses lois et coutumes qui auraient pu être importées de la culture des immigrés, seules celles relatives aux femmes, à la famille et à la sphère publique bénéficient de cette tolérance.

Ainsi, aucun pays hôte ne tolérera que les voleurs soient amputés d'un membre (comme c'est de règle dans des pays tels que le Soudan, le Pakistan et les Etats du Golfe), alors qu'il y a quelques années, le parlement néerlandais est allé jusqu'à discuter de la possibilité de permettre la mutilation génitale féminine sur le sol néerlandais pour les immigrées qui la pratiquent dans leur propre pays! Ce type de mutilation a été toléré et pratiqué dans des hôpitaux en Italie et en Grande-Bretagne.

Un des principaux problèmes auxquels les femmes sont confrontées dans leur pays d'immigration est que, de crainte d'être taxés de racisme et accusés d'imposer leurs propres valeurs culturelles, les libéraux et les progressistes ne parviennent pas à adopter sur ces questions, une position féministe, fondée sur les droits humains : ainsi, involontairement, ils participent à la construction d'une identité Autre, (dans notre cas, l'identité musulmane). Ce faisant, ils s'intègrent parfaitement au programme des forces fondamentalistes dont la tâche majeure, pour le moment, est la construction et l'imposition d'une identité une et uniforme (qu'elle soit religieuse, ethnique ou culturelle) parmi les migrants.

Nous présentons ici deux textes : une déclaration émanant de femmes iraniennes en Suède, qui est une protestation contre le relativisme culturel en Europe. Elle est suivie d'un bref article ironique, qui débute sous forme de conte, en réponse à un numéro spécial sur le racisme publié en 1993 par une revue féministe allemande.

Leur culture, notre culture
Les femmes musulmanes immigrées en Europe condamnent le relativisme culturel


Une fillette de treize ans est assassinée par ses parents en Egypte parce qu'elle ne portait pas le voile correctement. Une jeune fille est tuée par son père et son frère musulmans, en Suède, parce qu'elle refusait d'épouser l'homme choisi par sa famille. Le système judiciaire suédois, tenant compte du contexte culturel de la famille, condamne les coupables à une peine plus légère. Une fille est battue à mort par sa mère, sa soeur et son frère en Grande-Bretagne parce qu'un exorciste musulman avait décrété qu'elle était possédée par les esprits du mal. Un tribunal britannique a jugé que la famille de la fille n'avait pas eu l'intention de la tuer, mais voulait l'aider! Bon nombre d'événements aussi horribles ayant des femmes pour victimes se produisent à travers le monde quotidiennement.

Le problème n'est pas que les gens n'en sont pas informés. Les récits d'atrocités de toutes sortes, allant de la guerre, la famine, les meurtres collectifs à la violation des droits humains fondamentaux, parviennent tous les jours dans les foyers, à travers les médias. Ainsi, qui ignore que les femmes en Iran sont forcées d'obéir à des préceptes islamiques qui se traduisent pour elles par l'oppression, l'humiliation et l'absence de droits?

Qui ignore encore que les femmes sont moins que des citoyennes de seconde zone dans les pays islamiques?

Il ne s'agit même pas d'être triste et désolé pour les personnes soumises à ces atrocités. Ce qui est en cause, c'est l'attitude qui incite à accepter ces crimes comme faisant partie de la réalité actuelle et de les justifier par des arguments tels que : "ces gens ont choisi leur propre destinée" ; "c'est ainsi qu'ils veulent vivre" ; "c'est leur culture" ; "nous avons notre propre culture, ils ont la leur" ; "nous devrions respecter leur culture et ne pas nous mêler de leurs affaires". En d'autres termes, ceci revient à dire que les femmes en Iran trouvent agréable de ne pas avoir le droit au divorce ou à la garde de leurs enfants, de devoir porter le voile, ou d'avoir besoin de l'accord de leurs maris ou de leurs pères pour trouver du travail ou pour voyager à l'étranger! Elles sont ravies de la loi qui les lapide ou les exécute quand elles désobéissent aux lois anti-femmes!

La République Islamique d'Iran envoie ses représentants en Chine pour dire au monde que: 1) les femmes en Iran sont aussi actives que les femmes des autres parties du monde et jouissent du même statut égalitaire, si non plus ; 2) même s'il y a certaines questions qui indiquent le contraire de ce qui précède, c'est en raison de la tradition et de la culture du pays. La question ici est de savoir qui bénéficie du respect de la différence culturelle? Est-ce la femme, qui n'a pas de droits, ou l'Etat, qui s'appuie sur des lois médiévales pour sa survie? Est-ce la fillette de neuf ans qui, selon cette "culture", est mûre pour le mariage, ou les représentants du gouvernement respectueux qui sont assis en ce moment dans la salle de conférence? Nous n'avons pas besoin d'en dire plus. Considérons la question sous un autre angle. Si nous ne sommes pas censés nous mêler des affaires des autres peuples, cela implique, par exemple, que lorsque le gouvernement d'un pays européen ferme des crèches ou baisse les salaires, nous ne devrions pas élever de protestations et nous devrions considérer qu'il s'agit de leurs affaires et de leur culture! A qui profite cette passivité? Avez-vous déjà vu les parents de ces enfants acclamer le gouvernement, ou les travailleurs le remercier pour la baisse de leurs revenus? Certainement pas.

L'introduction et la défense de toute mesure répressive et réactionnaire contre des populations, en toutes circonstances, surtout au nom du respect de la différence culturelle, sont condamnées parce qu'elles sont dirigées contre l'humanité en général. On ne peut pas régionaliser les droits humains fondamentaux. On ne peut pas avoir des milliers d'ensembles de normes pour les droits des femmes. On ne peut pas approuver l'octroi d'un congé de maternité comme mesure progressiste dans un pays et estimer que ce droit ne convient pas à la population d'un autre pays. On ne peut pas dire que la guerre est un mal, mais que du moment qu'on est pas concerné, avec sa famille, les parties belligérantes peuvent se battre aussi longtemps qu'elles le souhaitent. On ne peut pas dire que le port du voile est une chose terrible, mais que si ces gens désirent que leurs petites filles le portent, c'est leur affaire. Les droits humains et, à leur lumière, les droits des femmes, sont internationaux, en caractère et en substance. Comment se fait-il que la technologie, l'expansion des affaires et du capital trouvent vite leur place et leur rôle internationaux même dans le village tribal le plus défavorisé, alors qu'il faut de nombreuses années pour que le bien-être, le niveau de vie élevé, l'éducation etc. y soient introduits, s'ils le sont jamais? Quand, en Europe, on traite certaines personnes différemment, qu'on leur permet, en raison de "leur culture" de ne pas se conformer aux normes générales de non-ségrégation à l'école et durant les cours de natation, on peut alors s'attendre à ce que les droits des femmes soient bafoués par routine dans leurs pays d'origine. Les victimes de telles politiques, ce ne sont pas seulement ceux qui sont directement concernés, c'est l'humanité toute entière qui est visée. Dans ce sens, la violation des droits des femmes en Iran est un coup porté aux droits des femmes à l'échelle internationale.

C'est dans cet esprit que:

• nous condamnons le relativisme culturel et revendiquons des droits universels pour les femmes en Iran et partout à travers le monde ;

• nous condamnons la République Islamique d'Iran pour son harcèlement systématique des femmes. Aussi longtemps que ce gouvernement sera au pouvoir, les femmes ne jouiront d'aucun droit en Iran ;

• nous revendiquons la séparation de la religion et de l'Etat.

Campagne internationale pour la défense des droits des femmes en Iran
Pékin, septembre 1996

Source: International Campaign for the Defence of Women's Rights in Iran
KFKI, Box 3162, 145 03 Norsborg, Suède.